
Grâce à une série d'actions concrètes qu'elle prend depuis deux ans pour réduire la consommation d'énergie de ses équipements, Saint-Gédéon-de-Beauce est en voie de devenir la municipalité québécoise la plus efficace sur le plan énergétique.
L'aréna Marcel-Dutil, le garage municipal, le système d'éclairage des rues et l'évaluation complète de l'empreinte environnementale des infrastructures et des équipements de la municipalité, des entreprises privées et des citoyens, tout y passe.
« Pour nous, ce n'est pas le chemin le plus facile mais c'est celui qui est le plus porteur d'avenir », clame le maire Éric Lachance dans l'entrevue qu'il a accordée à notre rédacteur en chef, Robert Lefebvre.
Vous venez de construire un garage municipal qui est à la fine pointe de la technologie. Comment en êtes-vous venu à concevoir ce bâtiment nouveau genre?
Fin 2005, c'est quand il a fallu envisager la construction d'un nouveau garage. Dans ma tête à moi, on concevait le bâtiment le plus efficace possible au point de vue énergétique. On voulait avoir cela à la fine pointe.
On s'est dit que tant qu'à bâtir, on va bâtir de quoi pour la prochaine génération. Parce que l'énergie ne restera pas à ce prix-là. Aussitôt que l'économie va reprendre, le baril de pétrole va exploser à 200 $ et l'électricité va monter à 15-20 cents du kilowatt dans les prochaines années.

Quelles en sont les principales caractéristiques?
Il s'agit d'un bâtiment qui allie performance et efficacité énergétique avec un système d'éclairage haute performance, un système de chauffage radiant en géothermie, un réservoir souterrain recueillant l'eau de pluie et un mur thermique ventilé qui permet de capter l'énergie solaire pour préchauffer l'air frais utilisé pour le chauffage du bâtiment.

De quel ordre sont les économies qu'il permettra de réaliser?
Avec toutes ces caractéristiques, le nouveau garage permettra de réduire la consommation d'énergie de 60 %. Éventuellement, on veut le rendre totalement autonome en énergie en lui greffant des éoliennes pour l'éclairer et le chauffer.
Avant, la Municipalité opérait deux vieilles bâtisses totalisant 3500 pieds carrés et ça nous coûtait 18 500 $ sans compter la facture électrique. Maintenant, on a un garage de 6000 pieds carrés et ça nous coûte environ 6000 $ par année en énergie totale.
Moi, mon but précis est d'installer, d'ici les quatre prochaines années, assez d'unités de production d'énergie dans toute la municipalité pour être autonomes. On va produire autant qu'on va consommer.
N'est-ce pas utopique d'envisager une autonomie totale?
Non, c'est possible avec les nouvelles éoliennes qui s'en viennent sur le marché. De plus, ces éoliennes seront fabriquées à Saint-Gédéon même. On est en train de « booker le deal » présentement. Ces éoliennes, sans pales et tout à fait silencieuses, prendront place sur le toit des édifices. Semblable à une turbine, ce nouveau type d'éolienne requiert beaucoup moins de vent. La première sera installée en novembre prochain sur le toit de l'hôtel de ville.
Nous serons la première municipalité québécoise à utiliser ce type d'éolienne pour produire de l'énergie.

Vous comptez aussi vous attaquer au système d'éclairage des rues?
À ce sujet, on est en processus de demande de projet pilote auprès d'Hydro-Québec. On attend une réponse. Mais on a déjà fait une rue au complet pour tester le système. C'est une firme privée qui est venue prendre les tests de luminosité et présentement, les citoyens sont ravis du nouveau type d'éclairage au LED (diodes électroluminescentes) qui permet des économies de 60 à 75 %. De plus, c'est un éclairage plus blanc, ne créant pas d'éblouissement et qui a une durée de vie de 25 ans.
Qu'est-ce qui vous a incité à amorcer cet ambitieux virage vert?
Depuis 2002 que je suis en poste, on a commencé à se préoccuper de la facture énergétique de l'aréna. On chauffait avec une unité au gaz propane qui était très énergivore. On l'a remplacée par de petites unités à haute performance, à 97 % d'efficacité. On a travaillé sur nos compresseurs. On leur a greffé un système de récupération d'eau chaude. Puis, on a changé l'éclairage complet de l'aréna. On a installé des oeils magiques dans toutes les pièces pour éviter que la lumière reste allumée inutilement dans les chambres des joueurs, dans les salles de bain, on a refait l'isolation des chambres, et on est présentement en processus de demande de subvention pour un projet de 1,9 million $ pour tout rénover, y compris changer les compresseurs à l'ammoniaque pour des systèmes beaucoup plus efficaces.
Vous avez un autre projet qui implique la mobilisation de tous les citoyens. De quoi s'agit-il?
Là, on s'enligne avec le programme Climat municipalités, pour prendre l'empreinte environnementale de la municipalité, de tout ce qui est municipal en premier. Puis, on a des partenaires privés, comme Les Aciers Canam, qui vont prendre leur empreinte énergétique eux aussi. On se donne une période entre cinq et dix ans pour réaliser cette démarche.

En quoi consiste cette démarche d'empreinte environnementale?
C'est la trace qu'on laisse dans l'environnement. C'est toute l'énergie qu'on consomme, surtout les énergies qui créent des gaz à effet de serre comme les produits pétroliers. Ce sont tous les gestes, les travaux qu'on fait dans l'environnement, nos façons de faire, ce qui va nous amener à modifier nos façons de faire.
Une entreprise spécialisée va venir nous scruter à la loupe, regarder comment on fonctionne, et va nous émettre un rapport qui nous dira comment moins polluer : voici les nouvelles choses à faire, voici les équipements que vous devez changer. On est déjà en processus de remplacer tous les systèmes à l'huile. On est électrique partout, sauf à l'hôtel de ville pour un certain temps encore.
Vous croyez donc que les mesures d'efficacité énergétique méritent d'être développées davantage?
Les politiciens à Québec devraient prendre le message suivant : plutôt que d'investir plus de six milliards de dollars dans le projet La Romaine, ils devraient plutôt investir un milliard dans l'efficacité énergétique. Ainsi, on dégagerait les mêmes mégawatts et ceux-ci ne coûteraient pas une cent de plus. Parce que les mégawatts qui vont être produits à La Romaine ne coûteront pas 8 cents du kilowatt. Ils vont peut-être coûter 10 à 12 cents du kilowatt les premières années.
La population vous suit-elle dans ce virage environnemental?
Oui, car en réalité, si j'aide mes citoyens à sauver 250 $ par année, c'est comme s'ils avaient une baisse de taxes de 250 $. Et de plus, ce 250 $ est récurrent. Il revient chaque année. De plus, on façonne le futur, car les citoyens qui vont changer leur attitude face à l'énergie contribuent à ancrer ces mêmes habitudes à leurs enfants.
Mais faut d'abord prêcher par l'exemple. On dit regardez ce qu'on a fait dans nos bâtiments et voici ce que vous pouvez faire, vous autres.
Alors comment expliquer que peu de municipalités s'engagent dans cette voie?
Nos actions attirent quelques regards parmi d'autres municipalités mais ça ne bouge pas beaucoup. Certaines municipalités tiennent de beaux discours mais on voit peu de concret, le sujet du développement durable ne semble pas les tracasser fortement. Les élus semblent ignorer le coût de leurs factures d'énergie. Quand je demande à d'autres maires de la région combien ça leur coûte, par exemple, pour l'éclairage des rues, ils me répondent n'avoir aucune idée. C'est quand ils commencent à regarder comment ça leur coûte qu'ils commencent à se poser des questions.
Chez nous, nous avons seulement 238 lampadaires et ça coûte 20 000 $ d'électricité par année, à part la maintenance. Maintenant, nous allons pouvoir baisser la facture à 4000 $ ou 5000 $ au maximum.
Croyez-vous que les programmes d'aide gouvernementaux sont de nature à susciter la réalisation de tels projets?
Les programmes mis en place par l'Agence de l'efficacité énergétique sont très complexes, de même que ceux mis de l'avant par Hydro-Québec. C'est long et ardu. Ça contribue à en décourager plusieurs. Une petite municipalité comme la nôtre, avec 2500 habitants, n'a pas les moyens d'avoir plus que deux employés, une secrétaire et un directeur général, et ces deux employés n'ont pas le temps de jouer dans ces programmes-là. À Saint-Gédéon, c'est un peu différent, car je suis maire à temps plein et je peux gérer ces dossiers.
Pour consultation :
Climat municipalités :
http://www.mddep.gouv.qc.ca/programmes/climat-municipalites
Agence de l'efficacité énergétique :
http://www.aee.gouv.qc.ca
Programmes d'économie d'énergie d'Hydro-Québec :
http://www.hydroquebec.com/mieuxconsommer/index.html