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Entrevue

Pour développer harmonieusement le commerce urbain

Entrevue  avec M. Guy Drouin, directeur général du Commissariat au commerce

La Ville de Drummondville et le Commissariat au commerce ont présenté récemment la Charte de développement commercial de Drummondville, un document unique au Québec et même au pays qui propose les grandes orientations de ce que doit être un développement commercial harmonieux.

Répondant aussi à un objectif plus global de développement durable, cette charte permet de repositionner le centre-ville comme un milieu de vie agréable en favorisant notamment le développement de pôles commerciaux de proximité pour donner accès aux services et produits de consommation courante aux résidents de tous les quartiers.

« Le défi était de voir la fonction commerciale dans son ensemble et de pouvoir aussi répondre adéquatement aux besoins des consommateurs et tout cela dans un objectif de développement durable où on minimise le plus possible l'utilisation de l'auto, où on maximise le transport en commun, où on maximise aussi le recyclage des bâtiments commerciaux qui sont abandonnés », résume le directeur général du Commissariat, M. Guy Drouin.

Il répond aux questions de notre rédacteur en chef, Robert Lefebvre.

 

Comment est venue l'idée d'une telle charte?

D'abord, je dois vous dire que le Commissariat au commerce de Drummondville a été une des premières organisations paramunicipales à s'occuper strictement de commerce. À la fin de l'année 1998, la Ville nous a confié le mandat strict du développement commercial du territoire. Dès ce moment-là, on a commencé à réfléchir à la fonction commerciale, à se demander comment on allait la gérer.

Car vous aviez déjà accompli un certain travail de recrutement de commerces chez-vous?

Tout à fait. Il faut rappeler qu'un de nos premiers mandats, avant celui-là, était de faire du recrutement et d'attirer des entreprises commerciales à Drummondville. Alors, on a dû se poser plusieurs questions : on les installe où; elles vont servir à quoi; comment agir sans nuire non plus au processus de revitalisation du centre-ville, parce qu'on avait ce mandat-là aussi qui se poursuivait.

Existait-il des outils ou des modèles pour vous aider à y voir clair?

Avec des représentants du Regroupement des centres-villes du Québec, on a organisé une mission en France et en Belgique et c'est là que j'ai découvert l'outil de charte de développement commercial qui existe déjà depuis un bout de temps en France. Notamment, on était allé à Dunkerque et à Lille qui s'étaient donné une charte et où elle était appliquée depuis un certain temps. On pouvait voir les résultats concrets de cet exercice-là sur le terrain.

Vous étiez donc prêts à rédiger votre propre charte de développement commercial?

Au début des années 2000, on a commencé à élaborer une première charte, mais le conseil municipal n'était pas satisfait de la façon dont la démarche avait été faite. On a tout repris le processus pour que ce soit un processus de concertation. On a donc entrepris de tenir des consultations auprès des acteurs en commerce de Drummondville, des consultations publiques aussi pour valider nos données. Parce que pour établir une pareille charte, il faut avoir des informations de base, il faut bien connaître notre milieu au niveau commercial.

Que vous manquait-il précisément comme information de base?

Dans notre première tentative, on avait plus ou moins la prospective économique et territoriale. Disons qu'on avait une bonne idée de la problématique, de ce qui se passait, mais on n'était pas capable de la chiffrer, etc. À partir de ce moment, on a fait une prospective économique et toute l'évolution démographique de Drummondville pour arriver à dire « on a un marché de tant et avec les années, le marché va augmenter de tant, pour avoir des hypothèses de développement en mètres carrés, de tant par année, et au bout de cinq ans, ça risque d'être cela. » À partir de là, on a défini des axes de développement et on a présenté cela au conseil municipal l'an passé et le document a été adopté au mois de novembre.

Quel mode de consultation avez-vous retenu?

Ça été en premier lieu une consultation des acteurs importants, à savoir les centres commerciaux de Drummondville, la Chambre de commerce, les associations de gens d'affaires. On a eu trois consultations au total. Pour ensuite faire une consultation publique où toute la population a été invitée, de tous les milieux, aussi bien de l'éducation que de la santé. Cet exercice a permis entre autres choses de valider les principaux éléments de la charte.

Avez-vous perçu de la résistance de la part des principaux intéressés?

Ça n'a pas été évident au départ, alors que tout le monde se regardait comme des concurrents. Dans le commerce de détail, ce n'est pas tout à fait évident de penser que tout le monde va travailler ensemble avec un objectif commun. Ce qui a aidé, c'est l'objectif de développement durable qu'il y a dans cette charte. Comment on fait pour que les gens consomment à Drummondville? Une des priorités de la charte est d'avoir créé des pôles de proximité dans les quartiers où les gens vont trouver les biens courants proches de chez-eux. Il y a eu les pôles secondaires et les pôles majeurs et possiblement des pôles de développement futur. Cela a fait consensus auprès de tous les intervenants et, à partir de là, on a pu élaborer les axes de développement pour les cinq prochaines années.

Quelle place faites-vous aux bureaux d'affaires dans tout ce réaménagement?

La charte va régler un autre problème, celui de l'établissement des bureaux de professionnels. Où les envoie-t-on? Le règlement d'urbanisme permettait l'établissement de bureaux un peu partout dans la ville. Alors, on a dit non, il faut concentrer cet usage-là dans certains secteurs de la ville et non pas dans l'ensemble du territoire. Dans le règlement d'urbanisme, on va maintenant trouver qu'il y a quatre endroits différents, quatre pôles où on peut établir des bureaux. La charte a permis cet autre changement majeur d'orientation.

Dans tout ce processus, la revitalisation du centre-ville demeure-t-elle une priorité?

Tout à fait, car l'avenir du centre-ville est très important. En 2004, on a fait une consultation publique sur le centre-ville parce que ça faisait déjà une douzaine d'années que le programme de revitalisation était en place. On s'est alors demandé si on avait rencontré nos objectifs ces 12 dernières années et quels seraient les objectifs prochains à ce niveau? La population s'est exprimée clairement sur le sujet en affirmant que le centre-ville ne devait pas être que commercial mais aussi un milieu de vie où on doit y rencontrer prioritairement du divertissement, de la restauration, du résidentiel et des activités touristiques. Donc, il fallait concilier tout cela.

Avez-vous prévu un mécanisme quelconque pour ajuster les orientations de cette charte aux besoins de la population dans les prochaines années?

Oui. Cette charte va devoir être mise à jour de temps à autre, et c'est pourquoi un comité va être mis en place, composé d'une dizaine de personnes, pour les cinq prochaines années, pour en vérifier l'application et pour vérifier aussi l'évolution du commerce de détail dans la ville. C'est un domaine d'activités qui évolue de plus en plus rapidement et il faut s'adapter continuellement. Ce comité devra aussi surveiller l'évolution démographique qui aura un impact sur le commerce de détail. Ce comité sera composé d'élus, de fonctionnaires, de représentants du commissariat, de représentants des commerces et de résidents.

Quelles sont les municipalités qui ont intérêt à se doter d'une charte semblable à la vôtre?

Toute municipalité où il y a du développement commercial le moindrement d'envergure se prêterait bien à l'élaboration d'une telle charte. Depuis le lancement de notre charte, plusieurs groupes et municipalités s'y intéressent, dont Sorel-Tracy, Rimouski et Saint-Lambert. À ces municipalités, on conseille d'aller chercher d'abord une concertation de la population dans cette démarche-là. C'est le premier pas à faire. Le deuxième, c'est de se donner des outils pour bien évaluer leur milieu.

Percevez-vous une préoccupation nouvelle pour la fonction commerciale en milieu urbain?

Dans les règlements d'urbanisme au Québec, on ne trouve pas plus de quelques paragraphes qui sont consacrés au commerce. On parle beaucoup d'usage, de zonage, de PIA, et on parle plus d'industriel que de commercial. C'est une fonction qui n'était pas gérée par les municipalités auparavant et de plus en plus les municipalités se préoccupent de cette fonction parce qu'elle a un impact majeur sur la qualité de vie des citoyens. Ça a un impact visuel aussi, quand on pense à l'affichage.

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Document à consulter :

La Charte de développement commercial de Drummondville :
http://www.commercesdr.com/medias/documents/Charte%20Dev%20Comm%20Drummondville%20mai%2009.pdf

 


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