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Entrevue

Pour développer un sentiment de sécurité parmi la population

Entrevue avec le maire Claude Carignan

La Ville de Saint-Eustache a lancé récemment la première politique intégrée de sécurité urbaine qui fait appel à la collaboration de toute la population et principalement des employés municipaux qui sont reconnus comme des acteurs de premier plan.

L'aspect le plus novateur de cette politique réside dans le fait que l'ensemble des services municipaux est convié à adopter ou à modifier les façons de faire afin d'intégrer la notion de sécurité dans toutes les interventions planifiées sur le territoire.

Le maire Claude Carignan expose les grandes lignes de cette politique avant-gardiste ainsi que les étapes de travail qui ont conduit à son adoption. Il répond aux questions de notre rédacteur en chef, Robert Lefebvre.

 

Dans quelles circonstances la Ville a-t-elle entrepris d'élaborer cette politique?

Comme président du comité de sécurité publique, j'avais travaillé avec la Fondation de l'Institut Philippe-Pinel de Montréal et le Centre international de prévention de la criminalité sur une trousse « La clé pour des municipalités plus sûres. » C'était un outil pratique pour susciter et appuyer un engagement concret et soutenu des municipalités, de leurs élus et de leurs services en matière de sécurité publique. On a donc décidé d'appliquer cette trousse-là.

Quelles ont été les démarches qui ont conduit à l'adoption de cette politique?

La Politique a été finalisée il y a trois ou quatre mois mais cela a pris un an pour réaliser les consultations, les sondages, etc. On a fait un sondage de victimisation pour savoir ce qui donnait aux gens le sentiment de sécurité. On a tenu des assemblées publiques pour savoir ce qui donnait aux gens le sentiment de sécurité et d'insécurité. On a aussi consulté nos employés sur les façons qu'ils pouvaient agir sur la sécurité. Nos directeurs de services ont aussi participé aux assemblées de citoyens.

Les gens sentaient-ils leur sécurité menacée?

Non, pas nécessairement. Moi, j'accorde beaucoup d'importance à la sécurité parce que si vous regardez les sondages, la préoccupation première des gens est la sécurité. C'est la priorité des citoyens. Le but était d'élever le plus possible le sentiment de sécurité des gens. Alors, comment peut-on agir dans nos actes de tous les jours pour rendre la municipalité plus sûre?

Vous distinguez sécurité et sentiment de sécurité?

Le sentiment de sécurité est une perception. Je m'explique : parfois on pose des gestes en pensant augmenter le sentiment de sécurité et on obtient la réaction inverse. Si on publicise trop des actions, les gens se demandent alors s'il y a un problème. Alors, on a voulu éviter cela et agir prudemment dans cette démarche. On a misé plutôt sur le sentiment de sécurité en s'assurant que l'ensemble des employés municipaux se sentent impliqués dans cette démarche.

Et comment les employés peuvent-ils s'impliquer?

La beauté de cette politique c'est que les employés de tous les services ont réalisé qu'ils avaient eux aussi un impact sur le sentiment de sécurité de la population. Par exemple : les graffitis. Si on laisse les graffitis pendant une certaine période de temps, si les employés des Travaux publics ne les enlèvent pas rapidement, ça lance comme message qu'il y a des vandales pas loin. Les gens vont donc développer un sentiment d'insécurité. Un autre exemple, en urbanisme cette fois : comment conçoit-on un parc pour éviter les zones plus noires ou plus ombragées qui vont favoriser les attroupements? Il faut que ces sites soient aménagés de telle sorte que tous les endroits soient visibles des policiers. Il faut prévoir de l'éclairage et des équipements qui soient conçus en conséquence.

Les employés de la ville sont donc considérés comme des acteurs de premier plan?

Définitivement. Particulièrement les cols bleus, parce qu'ils parcourent le territoire municipal quotidiennement, sont vus par toute la population. On veut donc que les citoyens, quand ils voient un logo de la ville, y voient une personne qui peut les aider. Lorsqu'un enfant est perdu ou qu'il a un problème, il doit savoir que cette personne qui porte les couleurs de la ville pourra l'aider parce que c'est une personne fiable. L'employé, lui, se sent davantage un ambassadeur de la ville et sait que lorsqu'il est dans la rue, il véhicule l'image de la ville.

Un plan d'action a-t-il été élaboré pour soutenir cette politique?

Une bonne partie du plan d'action a déjà été établie. Il prévoit notamment l'octroi d'un budget annuel de fonctionnement et l'embauche d'un coordonnateur à la sécurité et à la prévention qui sera spécifiquement chargé de veiller à son application. Le service de police reste évidemment autonome au niveau de ses interventions comme telles, mais le coordonnateur de sécurité pourra formuler des recommandations au service de la sécurité publique. On peut imaginer des actions concertées au sujet des activités des policiers communautaires. On prévoit aussi la mise en place d'une table de coordination des services en matière de sécurité urbaine qui regroupera les directions des principaux services. Cette Table aura pour mandat d'analyser tout projet qui lui sera soumis sous l'angle de la sécurité intégrée.

Avez-vous prévu d'autres interventions concrètes?

On a récemment annoncé des mesures concrètes et, parmi elles, on a créé un système pour joindre les gens rapidement en cas de sinistre ou en cas de mesures d'urgence. Les gens nous avaient dit par exemple qu'ils souhaitaient être informés plus rapidement et plus efficacement quand nous publions des avis d'ébullition de l'eau. Certains recevaient l'avis de ne plus faire bouillir leur eau avant celui de la faire bouillir. Les citoyens tombent dans l'insécurité quand ils se demandent s'ils ont bu de l'eau contaminée.

Quel genre de système avez-vous mis en place?

Nous avons trouvé une entreprise qui utilise la téléphonie de masse qui permet de joindre les 7000 résidences de la ville en 12 minutes. On a signé avec cette compagnie québécoise un droit d'accès en cas d'urgence. En dedans de 20 minutes, on peut préparer un message ciblé et l'envoyer à tous les abonnés du téléphone de la ville ou d'un secteur concerné.

Y aura-t-il des mesures impliquant les citoyens?

On a récemment réactivé le programme « Voisins vigilants » qui permet à la population d'apporter sa contribution à la sécurité urbaine. Le nouveau programme « Voisins vigilants plus » repose sur un système de messagerie vocale qui transmet mensuellement aux membres un message sur l'évolution de la criminalité dans la ville. Il permet aux membres de communiquer de l'information sous le couvert de l'anonymat et encourage ses participants à assister la police dans son action pour contrer le cambriolage à domicile.

Quels sont les coûts qui sont rattachés à la mise en place et à l'application de cette politique?

Il faut compter environ 50 000 $ au total, ce qui comprend le coût des consultations, des sondages et toutes les dépenses liées à la préparation de la Politique. Nous avons aussi embauché un consultant pendant six mois pour nous assister. Pour ce qui est de l'embauche du coordonnateur, cette dépense sera assumée en puisant dans d'autres budgets. Autrement dit, on réorganisera les services et les budgets en fonction d'une meilleure coordination de la sécurité.

 

Pour consultation :

La Politique intégrée de sécurité urbaine de Saint-Eustache

N.D.L.R. : Toutes les municipalités ont la possibilité de suivre une formation, dispensée par les deux associations municipales en collaboration avec la Sûreté du Québec, sur la mise en place de tels programmes de sécurité et de prévention de la criminalité.

Ces sessions de formation, offertes sur demande, sont destinées spécifiquement aux membres des comités de sécurité publique. Elles visent à mobiliser élus et policiers autour d'une vision commune et des conditions de succès d'une action concertée en sécurité et prévention de la criminalité.

Pour consulter les programmes de formation :

Fédération québécoise des municipalités

Union des municipalités du Québec


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