
Entrevue avec M. Jean-Luc Labrecque, conseiller municipal
La Ville de Terrebonne vient de réaliser une première au Québec en lançant un programme de récupération de l'eau de pluie. Cette initiative environnementale permettra aux citoyens de diminuer leur consommation d'eau potable à la maison et de profiter d'une alternative verte de grande qualité pour arroser plate-bandes et jardins.
Considérée comme une des municipalités leaders en environnement, Terrebonne s'est déjà distinguée à quelques reprises, notamment pour avoir constitué une patrouille environnementale, composée de jeunes de 16 à 18 ans, pour sillonner les rues de la ville en été pour sensibiliser les citoyens aux bonnes pratiques environnementales.
Le responsable de la mise en application du programme de récupération de l'eau de pluie, le conseiller municipal et président de la Commission du développement durable et de l'environnement de la Ville, monsieur Jean-Luc Labrecque, a répondu aux questions de notre rédacteur en chef, Robert Lefebvre.
M. Labrecque, dans quel contexte la Ville a-t-elle décidé de lancer ce programme?
Cette initiative s'inscrit parfaitement dans le Plan vert puisque la Ville s'est engagée à mettre en place un programme d'économie d'eau potable, afin de réduire le gaspillage tout en promouvant les mesures d'économie d'eau potable pour les citoyens. Nous avons démarré avec une politique environnementale qui contenait huit grands objectifs dont des objectifs en matière d'eau. Une fois adoptée la politique environnementale, on a élaboré un Plan vert identifiant les mesures qui vont nous aider à atteindre l'objectif de la Politique environnementale.
Quels autres moyens s'était donné la Ville en matière d'eau?
En matière de gestion de l'eau, on avait une trentaine de mesures pour nous aider, justement, à mieux gérer notre eau et dans ces mesures-là, il y avait toutes sortes de moyens, dont un qui était de pouvoir fournir aux citoyens des alternatives à l'utilisation de l'eau du réseau d'aqueduc. Après avoir adopté la Politique d'arrosage qui limite l'arrosage des gazons à deux périodes de 1,5 heure par semaine, on s'est demandé comment on pouvait faire pour économiser notre eau potable d'une manière encore plus efficace.
La récupération de l'eau de pluie figurait-elle dans les objectifs de la Ville?
Non, on n'y pensait pas à ce moment-là. Moi, j'avais conservé dans mes papiers un document que j'avais obtenu il y a quelques années et qui traitait de la récupération de l'eau de pluie. Je l'ai sorti de mes cartons, je l'ai relu attentivement et j'ai proposé l'idée à mes collègues du comité.
En quoi consiste précisément le programme de récupération de l'eau de pluie?
Il s'agit d'une mesure incitative. La Ville offre à ses citoyens la possibilité d'acquérir un réservoir pour la récupération de l'eau de pluie à prix réduit, soit à 35 $. Un rabais intéressant puisque le prix de détail est de 90 $.
Visiez-vous alors à réduire les coûts de fonctionnement de l'usine de filtration?
Notre usine actuelle est en agrandissement, mais ce n'était pas notre objectif premier que d'économiser sur les coûts de traitement de l'eau. On voulait d'abord ne plus utiliser l'eau de la rivière, qui est filtrée, pour des besoins autres que l'hygiène et l'alimentation. Il est clair que ce programme va diminuer la consommation d'eau potable et qu'on va en profiter, c'est certain.
Les gens qui vont utiliser ce capteur d'eau-là vont donc réaliser l'importance de l'eau et l'importance de la protéger?
Exactement. On veut d'abord que les gens réalisent que toutes les gouttes d'eau de pluie qui nous tombent dessus peuvent être récupérées et utilisées à des fins horticoles. D'autant plus qu'il s'agit d'une eau de grande qualité. Elle ne contient ni chlore ni autre produit chimique, donc meilleure pour la croissance des légumes et des fleurs. Donc, on fait d'une pierre trois coups.

Comment expliquez-vous qu'une mesure aussi simple et aussi peu coûteuse ait mis autant de temps à s'imposer?
C'est comme l'histoire de la forêt. Quand on est collé sur un arbre, on ne la voit pas. Il y a des choses tellement évidentes qu'on n'y songe même pas. C'est un peu comme les composteurs domestiques et les couches lavables. Ce sont toutes de petites mesures comme celles-là qui peuvent faire une grosse différence.
Avez-vous déterminé un objectif avant de lancer le programme?
On pensait atteindre 300 demandes à la mi-avril et cet objectif-là sera atteint. Si la demande excède un peu ce chiffre, on va trouver les sommes nécessaires pour répondre à la demande. On pourra faire un petit effort financier et aller jusqu'à 500 capteurs s'il le faut. Le programme va être répété l'an prochain.
Comment est constitué ce fameux capteur d'eau de pluie?
Il s'agit d'un baril utilisé dans l'importation d'olives. Il a été modifié pour y insérer un robinet à la base afin d'y brancher un boyau d'arrosage. Sur le dessus, on a installé un moustiquaire qui retient les déchets et qui empêche les mouches de pondre dans l'eau. On a aussi installé un trop-plein dans le haut du baril qui sert à diriger l'eau à un endroit sécuritaire au cas où il y aurait des pluies torrentielles pendant l'absence des utilisateurs.
Est-ce que les gens reçoivent un mode d'utilisation avec leur capteur d'eau?
Oui, il fallait s'assurer que les gens qui viennent chercher ces récupérateurs d'eau l'utilisent correctement. Des soirées d'information ont été prévues à cette fin. Pour inciter les gens à venir s'informer, on leur donne une autre réduction de 10 $. Le récupérateur leur revient donc à seulement 25 $.
Allez-vous vous assurer que les gens feront un usage adéquat de ces récupérateurs?
Comme on l'a fait avec les composteurs alors que nous avons aussi donné des soirées d'information à l'intention des utilisateurs, on va faire un suivi cet été avec l'aide de la patrouille environnementale. Nos patrouilleurs vont demander aux gens s'ils sont satisfaits, s'ils ont des suggestions à faire pour améliorer le produit, s'il est efficace, s'il fonctionne bien, etc. À l'automne, on va faire une évaluation pour déterminer s'il est pertinent de poursuivre. Nous livrerons un rapport détaillé au conseil municipal.