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Entrevue

Coopérative de santé : une mobilisation à l'image des Beaucerons

Entrevue avec M. Michaël Béland, coordonnateur de la Coopérative de santé Robert-Cliche

Comme c'est le cas dans plusieurs régions, la pénurie de médecins omnipraticiens frappe aussi la Beauce et même de façon plus marquée qu'ailleurs au Québec. La MRC Robert-Cliche a pris le problème au sérieux et a entrepris, avec l'aide du CLD et des municipalités, une démarche de mobilisation et de concertation à laquelle les Beaucerons ont répondu avec enthousiasme.

Le modèle coopératif qui existe en plusieurs versions au Québec, a servi de base pour la mise en place d'une concept novateur et adapté aux attentes du milieu.

Ainsi est née la Coopérative de santé Robert-Cliche dont le coordonnateur, M. Michaël Béland, a répondu aux questions de Robert Lefebvre, rédacteur en chef de Québec MUNICIPAL. 

Comment avez-vous été amené à modifier les services de santé dans la MRC?

En 2007, le CLD avait mené une enquête sur les besoins de la population. Il en est ressorti que parmi les besoins prioritaires de la population figurait le désir d'avoir des services de santé de proximité et de qualité comparable à ceux des grands centres.

On s'est rendu compte que la région souffrait d'une sérieuse pénurie de médecins. Selon les données du ministère de la Santé et des Services sociaux, il nous aurait fallu entre 18 et 20 médecins pour répondre à la demande de services médicaux dans la MRC. Or, on avait alors l'équivalent de 12,5 médecins, soit 12 à temps plein et le treizième, à temps partiel. Nous avions donc un déficit important d'au moins six médecins. Et la moitié des 12 médecins comptait partir à la retraite au cours des cinq prochaines années. On s'est dit qu'on avait à s'attaquer à une problématique importante.

Comment avez-vous expliqué ce manque de médecins dans la région?

Le sondage a permis d'aller plus loin et de nous révéler un profond malaise chez les médecins en place. Ces derniers oeuvraient dans des cliniques et des points de service qui avaient un pressant besoin d'être modernisés et informatisés. De plus, les médecins ne bénéficiaient pas d'un soutien administratif et infirmier adéquat. Le dernier médecin qui s'était installé sur le territoire l'avait fait en 1994.

Quand on les rencontrait dans les foires d'embauche, les jeunes médecins nous disaient qu'ils souhaitaient travailler en région, mais qu'ils voulaient travailler en équipe avec d'autres médecins plus expérimentés et avec de l'équipement moderne. Devant ce qu'on leur offrait, ils préféraient aller s'installer dans les villes en périphérie, où il y a de grosses cliniques. À la lumière de toutes ces informations, on s'est demandé si le modèle des petites cliniques dans chaque municipalité ne devrait pas être revu.

Une fois qu'a été fait le constat, quelles ont été les actions qui ont suivi?

Le CLD a formé un comité provisoire réunissant des gens de la MRC, du CRSSS et des médecins notamment pour se pencher sur des scénarios de solution. L'idée de constituer une coopérative de santé a été vite retenue, du genre des nombreuses coopératives de solidarité qui existent maintenant au Québec. Toutefois, nous voulions un modèle qui collerait le plus possible aux attentes de la population et des médecins, ceux qui sont déjà en place ainsi que les nouveaux venus.

L'étape suivante a été d'aller au Japon pour observer le fonctionnement du système de santé et voir ce qui pourrait être exportable. Mme Nancie Allaire, du CLD, qui est dans le dossier depuis le début du projet, s'y est rendue dans le cadre d'une mission d'étude sur les coopératives organisée par l'université de Sherbrooke et le gouvernement. Le Japon est reconnu avoir un système de santé exemplaire qui coûte moins cher et qui présente les meilleurs résultats. On a aussi appris que la prévention tenait une place importante dans son système de santé. C'est un aspect qu'on pourra aussi considérer dans l'élaboration de notre réseau de santé. 

Quels sont les avantages que vous pensiez tirer d'un modèle du genre?

On a voulu développer un modèle qui permettrait le travail d'équipe, avec un soutien infirmier, et qui permettrait aussi d'offrir à nos médecins un mode de travail qui les dégagerait des responsabilités administratives et financières. Le modèle devait couvrir tout le territoire de la MRC et des 11 municipalités qui la composent. Nous voulions constituer un réseau de cliniques.

Le réseau de cliniques profiterait par ailleurs des économies d'échelle puisque les achats et les frais fixes seraient gérés par la coopérative.

Comment avez-vous envisagé concrétiser votre projet?

Une fois le projet collectif bien défini, il fallait le vendre à la population. On s'est dit qu'il était nécessaire que la population participe à sa réalisation, qu'elle se prenne en charge collectivement. On voulait que ce soit le milieu qui porte le projet et qui participe, même financièrement, à sa réalisation.

Pendant quatre mois, de février à juin, on a tenu plusieurs soirées d'information dans les différentes municipalités de la MRC. On a présenté les faits et on a proposé notre projet de coopérative. Au total, près d'un millier de personnes ont assisté à nos séances d'information.

La réponse a été très enthousiaste. Nous avons obtenu, dans ces quatre mois, 1200 adhésions alors que notre objectif était de 1500 membres avant la fin de l'année.

En quoi le modèle que vous avez développé se distingue-t-il des autres coopératives de santé?

Notre modèle est d'abord différent par le fait qu'il constitue un réseau de cliniques médicales couvrant l'ensemble du territoire de la MRC Robert-Cliche.

De plus, le fait qu'on a bâti cette coopérative avec les médecins qui étaient déjà en place et non pas avec une nouvelle équipe de médecins, est un autre point distinctif.  Et comme autre distinction majeure, la coopérative ne se contentera pas d'aller chercher de nouveaux médecins pour assurer la relève, mais elle s'emploiera aussi à réduire le besoin en médecins par son volet « prévention. » Il s'agit là d'un élément très distinctif par rapport aux autres coopératives de santé.

On peut aussi souligner qu'il s'agit d'un projet qui a été bâti sur une mobilisation de tous les acteurs socio-économiques et de la population.

Comment s'est fait le recrutement et quelles étaient les conditions d'adhésion à la coopérative de santé?

Les municipalités et les caisses Desjardins nous ont grandement aidé lors de la campagne de recrutement. Elles ont accepté de distribuer les formulaires et de recueillir l'argent des cotisations.

Pour devenir membre de la coopérative, les gens ont dû débourser 100 $, soit 70 $ comme part de participation, payable une seule fois, et 30 $ à titre de cotisation annuelle. Comme on n'offrait pas encore les services, on a placé cet argent en fidéicommis.

Pourquoi avoir recueilli des contributions alors que les services de la coopérative n'étaient pas disponibles?

Avant d'amorcer l'étape de l'organisation, nous voulions savoir si l'appui de la population était suffisant pour supporter financièrement le projet. En signant le formulaire d'adhésion et en déboursant 100 $, les gens nous ont indiqué très clairement qu'ils appuyaient le projet, qu'ils étaient derrière nous. Le signe est devenu assez fort pour qu'on décide de se mettre en mode organisation.

Quel est l'avantage de devenir membre de la coopérative?

Évidemment, les services médicaux seront offerts à l'ensmble de la population, pas seulement à ceux qui deviennent membres de la coopérative. Ces derniers auront cependant droit à des avantages, à des rabais, auprès de certains commerçants de la région.

Évidemment, les membres pourront assister aux assemblées annuelles de la coopérative et exercer leur droit de vote. Ils auront ainsi un oeil sur la gestion. Ils seront donc plus près de leurs services de santé.

Comment sera organisé le réseau des points de service?

À partir des cinq cliniques existantes, on a  aménagé deux cliniques centrales et trois points de service. Les deux cliniques centrales sont situées à Beauceville et à Saint-Joseph et fonctionneront avec des équipes de médecins en permanence. Un point de service, celui de Tring-Jonction, fonctionnera avec deux médecins exclusifs alors que dans les deux autres points de service ce seront les médecins des deux cliniques centrales qui s'y déplaceront pour en assurer le service.

On a travaillé en étroite collaboration avec les médecins actuels sur l'organisation et le fonctionnement des cliniques, sur le financement externe, pour trouver des infirmières, etc.

On va bientôt annoncer la mise en opération des cliniques et des points de service et cela va aider encore le recrutement, car beaucoup de personnes nous ont dit attendre de voir le fonctionnement concret de la coopérative avant d'y adhérer.

Actuellement, la coopérative compte 11 médecins, ceux qui étaient déjà en place et qui ont participé à l'organisation de la coopérative, et nous espérons en embaucher un ou deux nouveaux l'an prochain pour combler les départs à la retraite.

Vous avez mentionné que vous songiez à intégrer l'aspect prévention dans le réseau de la coopérative de santé. Comment allez-vous procéder?

Oui, c'est la prochaine étape. On s'oriente vers la formation de groupes de prévention en santé. Les gens vont se rencontrer mensuellement pour faire le suivi au niveau de leurs indicateurs de santé, pour faire des activités physiques ou pour des activités d'éducation relativement à leur santé.

Le volet prévention de notre coopérative de santé constituera un projet pilote qui pourra être adapté à d'autres MRC. Et c'est aussi un des éléments qui suscite l'intérêt des jeunes médecins que nous voulons recruter.

Outre le soutien du CLD, des municipalités et des caisses Desjardins, avez-vous obtenu de l'aide financière pour concrétiser le projet?

Ces organisations n'ont pas fourni d'argent mais leur aide technique a été très importante, surtout dans la phase du recrutement. Puis, financièrement, on a reçu l'aide du Forum Jeunesse, d'Emploi Québec et du Programme fédéral IDC (Initiative de développement coopératif).

Ces subventions ont été indispensables pour démarrer notre projet mais une fois que celui-ci sera lancé, notre l'objectif est de devenir autonome grâce à la seule participation financière des membres. Évidemment, il va falloir augmenter le montant de la cotisation annuelle au fil des années. L'an prochain, par exemple, on prévoit que la cotisation pourra varier entre 30 et 40 $.

 

Liens utiles :

Coopérative de santé Robert-Cliche
http://www.coopdesanterobertcliche.com/

Fédération des coopératives de services à domicile et de santé du Québec
http://www.fcsdsq.coop/

La clinique coopérative de santé ne rime pas avec privatisation
http://www.ledevoir.com/2007/06/08/146604.html


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