
Peu d'utilisateurs prennent la peine de déposer les ampoules fluocompactes et les néons dans les collectes des résidus dangereux. Pourtant, s'ils savaient à quel point ces sources d'éclairage peuvent dégager des substances nocives, ils y penseraient à deux fois avant de les jeter aux ordures.
À part les rapporter dans des écocentres ou dans certains commerces de détail, peu d'options existaient pour ceux qui désiraient disposer correctement de leurs ampoules fluocompactes et de leurs néons. En fait, jusqu'à ce que la Fédération québécoise des municipalités annonce, le 6 mars dernier, un programme de récupération appelé RecycFluo qui vise à recueillir les ampoules fluocompactes et les néons.
L'entreprise Peintures recyclées du Québec inc., de Victoriaville, qui se spécialise dans la récupération des matières dangereuses auprès des municipalités, s'est associée à la FQM pour assurer la cueillette des ampoules. Robert Lefebvre, rédacteur en chef de Québec MUNICIPAL, s'est entretenu avec son directeur général, M. Louis Coulombe.
Monsieur Coulombe, dites-nous comment est né le programme RecycFluo
Nous avions déjà le mandat de récupérer toutes les matières dans lesquelles il peut y avoir des métaux lourds ou autres. La récupération des ampoules fluocompactes commençait à s'imposer, car de plus en plus de gens en achètent sans savoir qu'elles contiennent du mercure et ceux qui le savent ignorent comment en disposer.
Après discussion avec la FQM, on a décidé de s'associer pour lancer un programme qui s'adresserait à toutes les municipalités. Nous, on était déjà présent dans 550 municipalités pour la récupération de la peinture, des huiles, des colles et des solvants.
Quelle a été la participation de la FQM dans ce programme?
Avec ses quelque 1000 municipalités et MRC qui sont membres, la FQM s'est montrée intéressée à ajouter un service aux nombreux qu'elle leur offre déjà. Elle s'est chargée de faire la promotion du programme auprès de tous ses membres. Celle-ci a notamment produit un dépliant et conçu un site Internet pour promouvoir le programme.
Quant à nous, on a acheté des bacs à l'intention des municipalités participantes. Nous pouvions utiliser les trois camions déjà sur la route pour recueillir ces ampoules en plus des autres produits à récupérer. Nos camions couvrent tout le territoire du Québec, jusqu'à Fermont et l'Île-d'Anticosti.
Comment envisagez-vous de financer ce service aux quatre coins du Québec?
Ce service de récupération, tout comme pour les autres produits dont la peinture, est offert par la municipalité. Ce sont les municipalités qui déterminent des points de chute où les résidants peuvent déposer leurs ampoules brûlées. Pour l'instant, c'est donc la municipalité participante qui paie, à raison de 30 cents l'unité, la cueillette des ampoules.
À compter de 2010, un règlement basé sur la responsabilité élargie des producteurs, obligera les producteurs de produits électroniques, de piles et de lampes fluorescentes à récupérer et à mettre en valeur ces produits en fin de vie utile. Pareil règlement existe depuis 2001 pour la récupération de la peinture. L'organisme Éco-peinture, créé par les fabricants pour gérer la récupération et la revalorisation, perçoit 25 cents par contenant de peinture vendu au Québec.
Comment les municipalités ont-elles répondu?
Avec un enthousiasme extraordinaire, autant de la part des municipalités que des MRC et des régies.
On a reçu de nombreux appels téléphoniques et on leur donnait suite en envoyant aux intéressés des textes d'entente qu'ils soumettaient à leur conseil municipal pour approbation. Déjà, après seulement six mois, plus de 150 municipalités adhèrent au programme RecycFluo.
Les volumes d'ampoules fluo ne sont pas très importants encore, soit moins de 10 % des produits récupérés et traités. Le volume va sortir dans 2 à 3 ans, soit des centaines de milliers d'ampoules qui vont se retrouver dans les bacs de récupération.
Comment expliquez-vous qu'Hydro-Québec n'ait pas indiqué le contenu en mercure de ces ampoules dans sa publicité moussant la vente des fluocompactes?
D'abord, il faut dire que ces ampoules contiennent une infime quantité de mercure, beaucoup moins que dans les tubes fluorescents. On peut aussi dire que le mercure n'est pas lixiviable. Alors on se trouve dans une position un peu « borderline », mais il reste que ce n'est plus acceptable aujourd'hui.
Si Hydro-Québec n'a pas suffisamment informé les consommateurs sur la nécessité de récupérer, je peux vous dire qu'il se fera quelque chose à ce sujet dans les prochains mois.
Quelle est l'implication des municipalités dans ce programme?
Nous on fournit les bacs et le transport. On fait un prix clé en main. On ramasse les ampoules avec les autres produits, comme la peinture, les huiles, en identifiant d'où ça vient. On comptabilise cela et, à tous les mois, on envoie les résultats aux municipalités. Ces dernières s'occupent de faire la promotion de la récupération auprès de leurs citoyens.
En attendant la réglementation sur la responsabilité élargie des producteurs, les municipalités paient pour chaque ampoule que je ramasse. Pour celles-ci, 30 cents par ampoule ce n'est pas cher, et pour moi, ce prix compense, car je réalise des économies d'échelle grâce aux autres produits recueillis.

Que deviennent ces ampoules une fois récupérées?
Les ampoules fluocompactes sont recyclées à 100 %. Je les envoie à une entreprise qui récupère le verre, le métal des culots, la poudre de phosphore et le mercure. Tout est récupéré.
Le mercure est vendu pour remettre dans les ampoules neuves, le phosphore est vendu aux compagnies de peinture, le verre est nettoyé et décontaminé et revendu aussi tout comme le culot de métal.
Votre entreprise ne revalorise donc aucun des produits que vous recueillez?
Non, sauf la peinture que nous traitons et que nous revendons sous le nom de Peinture Boomerang. Nous sommes d'abord et avant tout un collecteur et non un recycleur. Je profite de ma force de collecte pour tout ramasser et je distribue ces produits à des spécialistes qui vont les traiter.
Le programme dont on parle ne s'applique qu'aux municipalités. Qu'advient-il des ampoules provenant des industries, commerces et institutions?
Il y a un besoin de ce côté là, en effet, car je reçois beaucoup d'appels de commerçants. On est d'ailleurs en train de s'organiser avec une autre compagnie et peut-être même avec plusieurs pour assurer ce service. On sera en mesure d'annoncer quelque chose à ce sujet dans les prochaines semaines.
Il s'agit de volumes intéressants, encore plus que le marché des municipalités, car on récupérera aussi les tubes fluorescents auprès des ICI (industries, commerces et institutions).
Pour que ce service de cueillette soit rentable, il faudra que le service soit assuré par le collecteur qui passe déjà auprès des ICI pour ramasser le papier et le carton.
À consulter :