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Entrevue

Une politique de déneigement qui rapporte !

Entrevue avec M. Olivier Grondin, directeur du Service des travaux publics et  des Services techniques et environnement de Thetford Mines

La voirie d'hiver constituant un chapitre important des dépenses d'une municipalité, la Ville de Thetford Mines a décidé, dans la foulée du regroupement municipal de 2001, de revoir ses procédures de déneigement de façon à en uniformiser l'application sur l'ensemble de son territoire et aussi d'optimiser chaque dollar dépensé afin d'améliorer la qualité des travaux.

La Ville n'a pas attendu bien longtemps pour éprouver l'efficacité de sa première « Politique de déneigement ». Sitôt adoptée l'automne dernier, elle a été rapidement confrontée, avec succès, aux aléas du pire hiver. Aux économies réalisées se sont ajoutées des pratiques de travail améliorées.

Le succès de cette première politique de déneigement repose en grande partie sur la qualité de la consultation qui a été menée auprès des citoyens, comme nous l'a indiqué monsieur Olivier Grondin, directeur du Service des travaux publics et des Services techniques et environnement. Il répond aux questions de Robert Lefebvre, rédacteur en chef de Québec MUNICIPAL.

 

Quel a été le grand mérite de cette politique ?

Le principal mérite de cette politique a été de revenir à une façon de déneiger plus normale. On a mis fin à une méthode de déneigement de luxe qu'on ne pouvait plus se payer. On est parti d'une situation très particulière où toute la neige était transportée par camion. Alors, ce qui a fait la grande efficacité de cette politique, c'est que la neige a été soufflée sur les parterres cette année. On peut maintenant affirmer que le timing était bon : si on n'avait pas eu cette politique l'hiver dernier, on aurait été dans le « trouble » au point de vue budgétaire.

Qu'est-ce qui a motivé la Ville dans cette démarche ?

Les budgets alloués et les hausses importantes des coûts des travaux réalisés par l'entreprise privée ont pesé lourdement dans la balance, mais aussi et surtout l'obligation qu'avait la Ville, cinq ans après le regroupement municipal, de voir à uniformiser toutes les opérations de déneigement sur l'ensemble de son territoire. Dans l'ancienne ville de Thetford Mines, on ramassait la neige alors que dans les nouvelles villes fusionnées, la neige continuait d'être soufflée sur les parterres.

Comment ont réagi les résidants soudainement contraints de recevoir la neige sur leur terrain ?

La majorité des résidants habitant les rues des secteurs à caractère résidentiel ont exprimé clairement qu'ils voulaient que la Ville continue de transporter la neige par camion. Pour les convaincre des bienfaits de souffler la neige sur leur terrain - jusqu'à un maximum de deux occasions - on a eu recours à des arguments budgétaires et environnementaux. Je dirais toutefois que l'acceptation sociale s'est faite plus en fonction de ce qui se fait ailleurs, en comparaison de ce qui se passe dans les autres villes.

Parlez-nous de la démarche que la Ville a retenue pour aboutir à une pareille politique.

Il s'agit d'un processus qui a duré 18 mois. Un comité de déneigement s'est rencontré sur des bases régulières pendant quatre ou cinq mois. Ensuite, il y a eu une consultation publique avec les citoyens de tous les secteurs de la ville. Cette consultation a permis d'écouter les demandes et les critiques des citoyens, d'entendre leurs messages. Ceux-ci ont participé en grand nombre aux séances qui se déplaçaient dans les différents secteurs de la ville. On attirait entre 200 et 300 personnes par soirée. Ce processus de consultation publique a permis de formuler six des douze recommandations contenues dans la politique.

Outre le fait de souffler la neige sur les terrains plutôt que de la transporter par camion, quels autres avantages avez-vous tiré de cette politique de déneigement ?

Cette politique a aussi permis d'offrir à nos employés de nouvelles pratiques et de nouveaux usages qui ont permis que l'épandage soit fait de façon beaucoup plus raisonnable, par exemple. Nos employés ont dû s'ajuster en fonction des recommandations et des demandes que le public nous a formulées lors des consultations publiques. La politique de déneigement voulait voir aussi large que cela, soit permettre de nous ajuster. Bref, par cette politique, on voulait obtenir une collaboration plus volontaire de nos employés et une amélioration de la qualité du travail.

Au sujet des coûts épargnés, pouvez-vous nous donner quelques chiffres ?

Normalement, ça aurait coûté 50 % de plus que ça nous a couté cette année. Si on compare uniquement le budget alloué pour l'opération «enlèvement», on aurait quintuplé le coût. La politique nous a aussi aidé à obtenir de l'entreprise privée des coûts plus raisonnables que ce que nous avions connu auparavant. Les entrepreneurs privés ont assisté aux soirées de consultation et ont pris note des demandes de citoyens. Eux aussi, ils ont dû s'ajuster.

Cette nouvelle façon de faire va-t-elle contribuer à réduire les budgets de la voirie d'hiver ?

Pas nécessairement et ce n'était pas notre objectif premier. Il s'agit d'un point particulier qu'il faut souligner : on s'est assuré, dans la démarche, que les budgets de déneigement ne seraient pas diminués, ce qui a constitué une assurance importante pour la partie syndicale. Le seul but était d'améliorer la qualité du déneigement et non pas de dégager des surplus budgétaires. Donc, les budgets demeurent les mêmes et en soufflant la neige sur les terrains, on peut améliorer la qualité du déneigement par une plus grande rapidité et efficacité d'exécution. Et en améliorant la qualité du déneigement, on augmente aussi la sécurité de nos rues.

Quelles sont les principales recommandations qui ont été retenues et qui se retrouvent dans la politique de déneigement ?

L'amélioration de la supervision des opérations est certainement un point important de notre politique. On avait réellement une lacune qui nous a d'ailleurs été mise sous le nez par les citoyens à l'effet que nos contremaîtres ne circulaient pas pour vérifier l'état des rues. On leur reprochait de rester assis dans leur bureau et de conclure qu'il ne neigeait pas nulle part dans la ville s'ils ne voyaient pas tomber de neige. Il a fallu ajuster notre politique de garde avec nos contremaîtres en fonction du désir des membres du conseil d'avoir des patrouilleurs circulant dans différents secteurs de la ville à deux ou trois reprises par quart de travail de huit heures.

D'autres recommandations pertinentes ?

La formation des employés. Il a fallu développer de nouvelles compétences chez nos employés dont plusieurs sont appelés à travailler sur une base saisonnière. Jusqu'à maintenant, on ne se donnait pas la peine de former ces employés. On a donc engagé une entreprise privée spécialisée dans ce domaine pour donner à nos employés une formation en atelier de deux jours.

Quels conseils donneriez-vous aux municipalités qui souhaitent se donner une politique de déneigement ?

En se basant sur l'expérience que nous venons de vivre, je conseillerais sans hésiter aux élus d'entreprendre une telle démarche durant les premières années de leur mandat afin qu'ils puissent réaliser tout le processus au cours d'un même mandat. À Thetford Mines, la démarche s'est étendue sur deux mandats, ce qui l'a rendue beaucoup plus complexe. En période d'élection, le transport de la neige est devenu un enjeu politique pour certains qui promettaient de maintenir cette pratique alors que la démarche entreprise proposait le contraire.

À consulter : La Politique de déneigement de Thetford Mines


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