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Entrevue

Il faut sauver Saint-Camille!

Avec le maire Claude Larose

De nombreuses municipalités au Québec sont aux prises avec une décroissance de leur population. Cette situation est lourde de conséquences, car elle bouleverse l'équilibre fragile des petites communautés et remet même en cause leur existence à plus ou moins long terme si cette tendance n'est pas renversée à temps.

En moins d'un siècle, le petit village de Saint-Camille, en Estrie, a perdu presque les deux tiers de sa population, ce qui a entraîné, peu à peu, la fermeture des entreprises et des commerces locaux, jadis prospères.

Pour freiner le déclin démographique et la perte de services de proximité, les habitants se sont pris en main et ils ont mis en oeuvre un véritable plan de sauvetage de leur communauté avec des actions innovantes. Les efforts consentis ont été récompensés, car aujourd'hui, la population de Saint-Camille s'est remise à grimper.

Pour en savoir plus sur la revitalisation de Saint-Camille, Québec MUNICIPAL s'est entretenu avec le maire, monsieur Claude Larose.

Entrevue réalisée par Jacques Poulin, rédacteur de Québec MUNICIPAL

Quel défi votre municipalité avait-elle à relever?

Au début du siècle dernier, Saint-Camille comptait 1 100 habitants et au recensement de 2001, nous n'étions plus que 440! Conséquemment, tous nos services de proximité disparaissaient les uns après les autres : meunerie, concessionnaire de machinerie, restaurants, etc. Ajoutez à cela l'exode rural, nous étions vraiment dans une situation très critique. Notre économie locale étant basée sur l'agriculture, il nous fallait donc trouver rapidement des moyens concrets pour enrayer ce déclin afin de favoriser le repeuplement de notre municipalité.

Quel a été l'élément déclencheur?

C'est la fermeture du magasin général, dans les années quatre-vingt, qui a symbolisé le drame dans lequel nous vivions. Ce fut une véritable décharge électrique dans notre communauté; la disparition de ce service représentait le dernier maillon de la chaîne qui venait de casser. Face à cela, des citoyens ont constitué un groupe d'investisseurs, Le groupe du coin, pour acheter l'édifice et lui trouver une vocation utile. Il fut reconverti en un centre communautaire et culturel, le P'tit bonheur de Saint-Camille. C'est à ce moment que les gens ont réalisé qu'ils pouvaient agir sur leur destin. Ce fut une expérience déterminante parce qu'elle nous a redonné confiance en nous et en notre capacité de nous prendre en main.

Par la suite, plusieurs autres projets structurants, pour ne citer que quelques exemples, ont vu le jour dans notre localité, comme La corvée, une coopérative d'habitation, de soins et de services, La Clé des champs, une coopérative de solidarité qui offre des produits entièrement biologiques, et la Corporation de développement socio-économique, un organisme à l'affût des différents besoins économiques et sociaux de notre milieu.

Les citoyens se sont aussi impliqués dans le projet « Écoles éloignées en réseau » pour introduire Internet haute vitesse et les technologies de l'information, afin de développer et maintenir des services scolaires de premier niveau dans notre milieu.

Comment établissez-vous vos priorités d'actions dans votre milieu?

En fait, nous ne fonctionnons pas avec une liste de projets à réaliser selon un agenda précis. Nos actions ont, jusqu'à ce jour, été modulées selon les problèmes que nous vivions. Ainsi, chaque fois, nous essayons de trouver une solution durable et profitable pour nos citoyens. Pour encadrer notre démarche, nous avons la chance d'avoir une ressource dans le milieu pour mobiliser la population et mener à terme chaque initiative.

Nous disposons aussi d'un forum qui permet aux différents acteurs locaux et aux citoyens d'échanger sur divers sujets : le Salon régional d'animation sur la diversification agricole de Saint-Camille. C'est une fin de semaine de réflexion sur les façons de faire autrement dans le domaine de l'agriculture avec une perspective de développement durable. Cet événement nous permet d'élaborer un plan stratégique avec des grandes orientations afin que nous puissions nous projeter dans le futur, sur un horizon de dix ans par exemple.

D'où vous est venue l'idée de créer un projet immobilier?

Malgré tous les projets que nous avions réalisés au cours des dernières années, la population n'augmentait pas. Alors, en 2003, la Municipalité a décidé de se donner un objectif bien précis à cet égard, soit d'augmenter notre population de 10 % en 10 ans. Ce qui représente environ 50 personnes. Il fallait donc trouver un moyen pour convaincre des gens de venir s'établir chez nous de manière permanente.

Nous avons confié le mandat à notre corporation de développement socio-économique, qui a engagé une ressource avec les fonds disponibles dans le Pacte rural, pour se consacrer à ce projet.

Sur quelles bases ce projet a-t-il été conçu?

Nous devions trouver un concept original et unique afin de nous démarquer et miser sur nos atouts : la qualité de vie, de grands espaces verts, un endroit où il fait bon vivre avec une vie communautaire et culturelle. L'accessibilité était également une condition primordiale.

En se basant sur ces critères, le projet a été élaboré selon deux concepts afin de diversifier notre offre immobilière : le parc agrovillageois, qui consiste en des espaces verts d'une superficie d'un acre regroupés autour d'un jardin communautaire, et les fermettes du rang 13, où sera pratiquée une agriculture familiale, de petites productions, sur des terrains ayant une superficie d'une dizaine d'acres.

La Municipalité a-t-elle fait l'acquisition des espaces à commercialiser?

Non. Les terrains appartiennent à un propriétaire avec lequel nous nous sommes entendus sur la manière de faire le développement. Nous avons la même vision. Les investisseurs achètent leur terrain directement de cette personne.

Quels sont les critères d'attribution des terrains?

Nous avons établi deux conditions sine qua non : les propriétaires doivent construire une résidence principale dans les cinq ans suivant la date d'acquisition du terrain et ils doivent développer un projet d'agriculture ou de foresterie quelle que soit sa nature.

Les nouveaux propriétaires bénéficient-ils d'avantages particuliers?

La Municipalité accorde un congé de taxes de deux ans et demi pour la résidence et installe un ponceau à l'entrée principale de la propriété. En ce qui concerne les projets de nature commerciale ou industrielle, un congé de taxes de deux ans et demi s'applique aussi au bâtiment de l'entreprise.

Les investisseurs ont-ils accès à du financement pour réaliser leur projet?

Comme pour tous les projets d'investissement, les investisseurs ont accès aux divers programmes de financement disponibles sur le marché. Rien n'empêche toutefois une institution locale d'offrir des services personnalisés pour favoriser le démarrage de nouvelles entreprises, comme c'est le cas chez nous, avec la Caisse populaire Desjardins.

Quels moyens utilisez-vous pour faire connaître votre développement immobilier au grand public?

Le projet a été lancé officiellement en 2005. Certes, nous avons profité d'une couverture médiatique, mais la promotion de notre développement immobilier se fait principalement à l'intérieur de nos réseaux locaux avec un moyen bien simple, le bouche à oreille.

Nous organisons aussi des séances d'information et des visites des lieux. À ce jour, nous avons rencontré plus de 300 personnes intéressées!

Quels sont les résultats?

Actuellement, la réalisation de 25 fermettes, entre 4 et 18 acres, est confirmée et nous prévoyons que 10 résidences se construiront d'ici l'an prochain. À terme, c'est plus de 60 personnes qui viendront s'établir dans notre municipalité, ce qui correspond à une augmentation de 13,5 % de notre population. L'objectif que nous nous étions fixé est même dépassé!

Quel est le profil des investisseurs?

La grande majorité des gens sont des professionnels, des travailleurs autonomes ou des techniciens qui oeuvrent dans différents domaines. Ils proviennent des grands centres urbains et 70 % d'entre eux ont moins de 35 ans. Ce sont des personnes motivées à créer leur propre emploi en développant un projet personnalisé et elles sont attirées par la qualité de vie que l'on retrouve en campagne.

À quoi attribuez-vous la réussite de la revitalisation de votre milieu?

La volonté de la population à prendre sa destinée en main fut déterminante. C'est un sentiment très fort dans notre communauté. Il ne faut pas attendre que les solutions viennent uniquement d'en haut, localement on doit s'investir dans la résolution des problématiques. Il faut aussi un leader pour insuffler une énergie nouvelle dans le milieu et un lieu de rassemblement où convergent les idées pour favoriser les discussions sur les différents enjeux sociaux, environnementaux et économiques. De plus, le conseil municipal s'est toujours montré très ouvert à toute initiative provenant de la population et il a agi comme facilitateur pour que des choses se passent dans notre localité. Je crois d'ailleurs que c'est son rôle principal.

Pensez-vous que toutes les municipalités peuvent trouver des solutions locales pour enrayer leur dépeuplement? Il y a-t-il de l'espoir?

Oui, il y a de l'espoir! Nous en sommes la preuve. Toutefois, pour que les municipalités vivant cette réalité puissent s'en sortir, elles doivent bien sûr créer un environnement propice au développement d'initiatives locales, mais les autres paliers de gouvernement doivent leur faciliter les choses. À titre d'exemple, bien que la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles soit des plus utiles, elle devrait cependant être modulée de manière à favoriser l'occupation du territoire. Ce qui n'est vraisemblablement pas le cas actuellement.

D'ailleurs, en ce qui concerne notre projet immobilier, si le territoire visé n'avait pas été zoné blanc, nous n'aurions jamais pu le réaliser. On doit protéger nos terres agricoles, et je suis le premier à défendre ce principe, mais une application « mur à mur » d'une telle loi peut produire aussi des effets pervers. Il faut trouver un juste équilibre. Si le gouvernement du Québec veut être conséquent avec lui-même, il doit se pencher plus sérieusement sur cette problématique.

Liens utiles

Le Pacte rural

Le P'tit Bonheur de Saint-Camille

La Clé des champs de Saint-Camille

Salon sur la diversification agricole de Saint-Camille

Saint-Camille, le village rassembleur | MAMR


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