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Entrevue

Internet haute vitesse: Quand une municipalité exploite son propre réseau | Avec Daniel Bujold, directeur général de Nouvelle

Le Québec est divisé en deux : celui qui turbine à Internet haute vitesse et celui qui doit se débrouiller avec les inconvénients « d'Internet à pédale ».

Les régions qui n'ont pas accès à Internet haute vitesse sont privées d'un outil stratégique et vital pour soutenir leur développement économique et favoriser l'occupation du territoire.

Las d'attendre que des fournisseurs d'accès branchent ses résidants à Internet haute vitesse, les élus de la Municipalité de Nouvelle en Gaspésie ont fait preuve d'audace en prenant en main ce dossier, dans le but de trouver une solution pour offrir ce service tant désiré.

Pour en savoir davantage sur cette initiative peu commune, Québec MUNICIPAL a interviewé le directeur général de Nouvelle, M. Daniel Bujold.

Entrevue réalisée par Jacques Poulin, rédacteur de Québec MUNICIPAL

Dans quel contexte avez-vous amorcé ce projet?

Au cours des dernières années, nous avons tenté en vain d'intéresser notre fournisseur local d'accès à offrir Internet haute vitesse sur notre territoire. Toutefois, nous ne pouvions répondre à ses exigences qui consistaient à avoir un nombre minimum de 100 abonnés concentrés à l'intérieur d'une zone de trois kilomètres de son central téléphonique. En plus, chaque utilisateur devait débourser une somme de 500 $. Vous comprendrez qu'il est fort difficile pour une municipalité comme la nôtre de se qualifier pour avoir ce service.

Alors, le maire et les conseillers municipaux ont décidé de prendre en charge ce dossier afin d'évaluer les différentes alternatives offertes et de trouver une solution en adéquation avec nos besoins et la capacité de payer de nos citoyens.

Vous avez pourtant un réseau collectif qui offre la haute vitesse dans votre région, alors pourquoi vos citoyens ne peuvent-ils pas en bénéficier?

Le réseau collectif répond essentiellement aux besoins des organismes publics : les bureaux municipaux, les bibliothèques et les établissements scolaires de la région. Le réseau a été construit en partenariat avec une entreprise privée et l'entente stipule qu'il ne peut offrir ce service à la population.

Quelle fut votre démarche?

Nous avons mandaté une firme pour effectuer une étude visant à évaluer la viabilité et la faisabilité de notre projet. Elle nous a permis de préciser nos besoins, de déterminer la meilleure solution technologique, d'élaborer les cahiers des charges et les coûts de réalisation.

Nous avons demandé également un dézonage à la Commission de protection du territoire agricole du Québec pour permettre l'installation de l'infrastructure. Un plan d'affaires a également été élaboré pour obtenir du financement.

Avez-vous effectué un sondage auprès de vos citoyens pour valider leur intérêt à avoir ce service?

Ce ne fut pas nécessaire. En effet, dès le moment où nous avons commencé à travailler dans ce dossier, nous avons reçu une pétition, signée par plus de 200 résidants, demandant à la Municipalité d'investir tous les efforts nécessaires pour qu'Internet haute vitesse soit disponible sur notre territoire. Nous avions donc notre réponse, l'intérêt était bien là.

Les télécommunications, est-ce un champ de compétence municipale?

En fait, nous nous sommes prévalus des dispositions de la Loi sur les compétences municipales, plus précisément, les articles 2 et 18. Cette loi donne une plus grande marge de manoeuvre aux gouvernements locaux afin qu'ils puissent intervenir dans des situations particulières. Pour le financement, nous avons procédé par règlement d'emprunt.

Est-ce que les entreprises de télécommunications ont perçu votre initiative comme une concurrence déloyale?

Non, pas du tout. La municipalité est plutôt considérée comme une cliente potentielle, car nous devrons acquérir notre bande passante auprès de ces entreprises. Et, d'une certaine manière, je pense que ça fait même leur affaire; ces entreprises n'ont pas le pouvoir qu'une municipalité peut avoir pour construire un réseau de la sorte et le financer en répartissant les coûts à la clientèle.

Quels sont les coûts de réalisation et d'exploitation de ce réseau?

Le coût pour mettre en place l'infrastructure nécessaire est environ 130 000 $. À cela, s'ajoutent des frais récurrents annuels de 50 000 $ pour couvrir l'achat de la bande passante (20 000 $), la maintenance et le soutien informatique (30 000 $). On est loin des 500 000 $ demandés initialement par notre fournisseur pour déployer Internet haute vitesse chez nous.

De plus, nos installations nous permettront de développer de nouveaux services. Dans une deuxième phase, nous avons l'intention d'offrir la téléphonie par Internet (IP).

Avez-vous obtenu de l'aide financière?

Nous avons obtenu 15 000 $ de la Caisse populaire de Tracadièche en plus d'une subvention de 80 000 $ du ministère des Affaires municipales et des Régions, provenant du Fonds conjoncturel de développement. Ces sommes permettent de couvrir 75 % du coût relié à l'infrastructure.

Comment seront répartis les coûts aux utilisateurs?

Les coûts seront répartis aux contribuables. Ainsi, une taxe spéciale de 50 $ par année apparaîtra au compte de taxes de chaque résidence unifamiliale. Pour les commerces, le tarif annuel sera de 150 $. Le montant recueilli permettra de couvrir tous les frais annuels d'exploitation.

Un contribuable qui n'utilise pas ce service peut-il refuser de payer le montant demandé?

En fait, il s'agit d'un réseau que la Municipalité met en place sur l'ensemble de son territoire, tout comme un réseau d'aqueduc et d'égout ou une route. Alors, on passe devant la porte de tous les citoyens et ceux qui veulent en profiter peuvent le faire s'ils le désirent.

Vos tarifs seront-ils compétitifs?

Un branchement à Internet haute vitesse à 50 $ par année, c'est très compétitif! Pour accéder au service, le client n'aura qu'à s'acheter un amplificateur d'ondes coûtant environ 400 $, installation comprise. Étant donné qu'il s'agit d'un réseau municipal, aucun fournisseur d'accès ne peut rivaliser avec ce tarif.

La Municipalité sera-t-elle le gestionnaire du réseau?

La Municipalité prendra en charge la gestion du réseau. Elle agira comme fournisseur de services, comme elle le fait pour les autres services d'utilité publique qui sont sous sa responsabilité. Le réseau fera partie de notre administration générale.

Est-ce que ce projet comporte un risque financier pour votre municipalité?

Non, car nous utilisons une technologie éprouvée et une infrastructure fiable et durable. Nous pouvons aussi compter sur des fournisseurs locaux qui possèdent une excellente expertise dans le domaine. Ce n'est pas comme si nous nous étions engagés dans une aventure où il y a plusieurs aspects inconnus et des coûts incontrôlables.

Quelle est la technologie utilisée?

Notre municipalité est située dans un ensemble géographique complexe : le territoire à desservir est très étendu et montagneux. Le relief est accidenté et il y a plusieurs rivières.

Conséquemment, la technologie retenue pour notre réseau devait pouvoir surmonter ces contraintes. Le système que nous avons choisi conjugue les avantages des technologies Wi-Fi et Wi-Max. C'est une technologie hertzienne de transmission à haut débit. Son implantation ne nécessitant pas de lourds investissements, elle permet de simplifier l'accès à Internet haute vitesse dans les zones rurales. Elle est très utilisée dans le monde mais méconnue ici.

Pourriez-vous offrir le service haute vitesse aux municipalités voisines à même votre réseau?

Sur le plan technique, nous le pouvons. Ce serait même très intéressant pour ces municipalités de se joindre à notre réseau, car leur investissement serait moindre. Il serait possible aussi d'établir une tarification pour les clients qui résident à l'extérieur de notre territoire. Toutefois, il faut vérifier de notre côté s'il y a des contraintes contractuelles avec notre fournisseur de bande passante.

Est-ce qu'il y aura des zones d'accès à Internet sans fil (Hotspot) sur votre territoire?

Oui, nous avons identifié deux endroits stratégiques : le Parc national de Miguasha, visité par plus de 30 000 personnes annuellement, et un lieu d'accueil et de renseignements touristiques.

Quand le service sera-t-il disponible?

Le réseau est actuellement en construction. Le service sera disponible vers le mois de mars ou avril prochain.

Encouragez-vous les autres municipalités qui désirent offrir ce service à leur population à suivre votre exemple?

Certainement! Bien des gens croient que l'accès à Internet haute vitesse est un problème vécu essentiellement en régions éloignées, mais ce n'est pas la réalité! Des dizaines de municipalités situées à proximité des grands centres urbains vivent les mêmes problèmes que nous.

Il s'agit d'un projet qui est facilement réalisable sur le plan technique et qui est à la portée de toutes les municipalités qui désirent offrir ce service à leur population. En effet, il faut considérer que nos installations sont parmi les plus coûteuses à cause de notre situation géographique. Alors, pour un projet qui comporte moins de difficultés, les coûts d'implantation seront diminués substantiellement. Un investissement de 50 000 $, ou peut-être moins, pourrait suffire. De plus, notre étude de faisabilité nous a coûté 4 000 $, ce qui est très raisonnable.

C'est un projet qui demande un bon investissement de temps de la part des employés responsables du dossier, mais ça vaut la peine, car c'est un service qui est très apprécié des citoyens.

Liens utiles

Lois sur les compétences municipales

Fonds conjoncturel de développement

Pour en savoir plus sur la technologie Wi-Max

Pour en savoir plus sur la technologie Wi-Fi

Décision du CRTC relative à l'amélioration de l'accès des services à large bande en milieu rural

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