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Entrevue

Valorisation des matières résiduelles
De déchets ménagers à compost certifié


Avec Léo Fradette, conseiller en gestion des matières résiduelles à la MRC du Bas-Richelieu

À la recherche d'une alternative à l'incinération et à l'enfouissement des ordures ménagères, la MRC du Bas-Richelieu a opté pour une méthode de recyclage et de valorisation des matières résiduelles à valeur ajoutée. Ainsi, les déchets ménagers sont maintenant utilisés comme matière première pour fabriquer un produit écologique commercialisable répondant aux normes les plus sévères au monde pour ses qualités agronomiques et environnementales. La MRC du Bas-Richelieu peut se réjouir de participer à la production d'un compost dont la qualité est certifiée par le Bureau de normalisation du Québec!

Pour en savoir plus, Québec MUNICIPAL s'est entretenu avec M. Léo Fradette, conseiller en gestion des matières résiduelles à la MRC du Bas-Richelieu.

Entrevue réalisée par Jacques Poulin, rédacteur de Québec MUNICIPAL


Québec MUNICIPAL Dans quel contexte ce projet a-t-il été initié?

Léo Fradette Au début des années 90, la MRC était aux prises avec des coûts d'élimination toujours croissants et éprouvait de plus en plus de difficulté à trouver des sites d'enfouissement. Pour résoudre ce problème, les élus en place à ce moment se sont alors tournés vers une technologie innovante permettant de produire un compost à partir d'ordures ménagères. À ce sujet, on doit reconnaître qu'ils ont été des visionnaires dans ce domaine. De plus, à la même époque, la MRC organisait annuellement une collecte des résidus domestiques dangereux (RDD), ce qui était pratiquement inexistant ailleurs. Les gens étaient donc très sensibilisés aux problèmes environnementaux.


QM En quoi la solution retenue se démarque-t-elle?

LF En fait, c'est un procédé qui permet de faire le traitement du contenu du sac vert intégral dans une usine qui effectue le tri mécanique des déchets et le compostage de la matière organique. Tandis qu'avec une approche à trois voies, les résidus putrescibles sont triés à la source, les matières recyclables sont récupérées au moyen de la collecte sélective et les autres déchets sont placés dans le sac vert traditionnel. On peut dire qu'environ 75 % des matières qui entrent dans l'usine est détourné des sites d'enfouissement.



C'est un procédé qui était très novateur à l'époque où la MRC a décidé d'aller de l'avant avec ce projet et qui l'est encore aujourd'hui. Le tri-compostage permet ainsi de réduire la quantité de déchets en les transformant en un produit à valeur ajoutée. C'est une approche qui combine la réduction à la source et le compostage, ce qui nous rend, par conséquent, moins dépendant des sites d'enfouissement.


QM Quel est le rendement sur le plan environnemental?

LF Le rendement est des plus satisfaisants. En effet, même avec huit municipalités participantes sur douze, nous dépassons largement l'objectif (60 %) de valorisation des matières putrescibles de la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles avec un taux de 85 %, incluant le secteur résidentiel et commercial. À cela, il faut ajouter que notre approche contribue aussi à réduire la production de gaz à effet de serre, un avantage additionnel non négligeable.


QM Cette approche semble pourtant très performante et écologique, alors, pourquoi quatre municipalités de votre MRC ne participent-elles pas?

LF Je pense qu'il s'agit d'une question de coût, car c'est plus avantageux à court terme lorsque l'on récupère seulement les matières recyclables, mais le rendement global n'est pas là.

Rien n'oblige une municipalité à valoriser ses matières résiduelles, l'adhésion est sur une base volontaire. Certes, il y a la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles, mais dans les faits, il n'y a aucune obligation contraignante qui vise à faire respecter des objectifs à atteindre. Alors, dans ce contexte, ceux qui sont les plus innovateurs et qui font des efforts financiers pour mieux gérer leurs matières résiduelles ne sont pas reconnus à leur juste contribution. On est en quelque sorte désavantagé par rapport aux municipalités qui ont attendu, et qui, dans beaucoup de cas, attendent encore avant de s'engager dans cette voie.

En ce qui concerne nos coûts par unité d'occupation, je désire mentionner qu'ils sont à la baisse, mais évidemment, il est impossible de compétitionner avec ce qu'il en coûte présentement pour enfouir des déchets. Une pratique moins onéreuse qui ne reflète pas le prix réel.


QM Est-ce que l'usine actuelle a la capacité de traiter les déchets des municipalités des MRC voisines?

LF Très certainement! D'ailleurs, nous avons déjà fait des démarches en ce sens mais en vain. L'enfouissement des déchets est encore beaucoup plus avantageux sur le plan financier. Bien malheureusement, ce dernier critère semble être, pour plusieurs, prépondérant sur celui favorisant une approche globale de la protection de l'environnement.

Il faut dire que les redevances actuelles, que ce soit pour la taxe à l'enfouissement ou les retours pour la récupération des matières recyclables, n'avantagent pas, selon moi, les municipalités qui veulent développer de nouveaux moyens pour optimiser la gestion des matières résiduelles sur leur territoire.


QM La MRC participe-t-elle à la gestion de l'usine?

LF Non, c'est Conporec qui opère l'usine. Il s'agit d'une société québécoise qui possède une expertise de pointe dans le domaine. La MRC est un partenaire dans ce projet en donnant un contrat pour la prestation de services à la plupart des municipalités de la MRC du Bas-Richelieu. C'est d'ailleurs ce partenariat qui a permis à cette société de construire la première usine de ce type en Amérique du Nord et de mettre sa technologie de compostage au point.


QM Pourquoi faire certifier le compost par le Bureau de normalisation du Québec?

LF Il faut bien le dire, le tri-compostage est un procédé innovant qui soulève beaucoup de scepticisme dans le milieu.

Alors, la certification de ce compost par un organisme indépendant permet de démontrer qu'il est possible de fabriquer un produit de qualité à partir de déchets ménagers. D'ailleurs, ce compost répond aux critères et aux normes les plus sévères au monde pour ses qualités agronomiques et environnementales.

Cette certification est pour nous un label de qualité et une reconnaissance des efforts consentis par les personnes qui ont cru en la réalisation de ce projet.


QM Avec l'implantation de cette usine de tri-compostage dans votre région, combien d'emplois ont-ils été créés?

LF C'est encore un bel exemple qui prouve qu'avec des projets environnementaux on peut également participer à l'économie régionale. L'usine de Conporec emploie présentement 25 personnes. Des emplois que nous n'aurions sûrement pas eus sans cette initiative.


QM Votre MRC a-t-elle réalisé d'autres initiatives dans le domaine de la gestion des matières résiduelles?

LF La MRC vient d'implanter un réseau régional de dépôts permanents pour récupérer les résidus domestiques dangereux (RDD) sur son territoire. Cette initiative nous permet de bonifier notre système actuel de récupération en interceptant des produits dangereux utilisés fréquemment par les citoyens et qui se retrouvent, généralement, dans les déchets domestiques. Nous avons également introduit les bacs bleus de 360 litres, pour remplacer ceux de 64 litres. La récupération des matières recyclables a augmenté de 50 % en un an!

De plus, la MRC a mis en place un programme de récupération de piles domestiques sèches, de cartouches d'imprimantes laser et à jet d'encre et de téléphones cellulaires. Les citoyens ont accès à une trentaine de points de dépôt situés dans les hôtels de ville des municipalités, au bureau administratif de la MRC ainsi que dans une quinzaine de commerces participants au programme. Les matières sont recueillies au moyen d'un mobilier urbain esthétique et sécuritaire.


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Liens utiles

-Politique québécoise de gestion des matières résiduelles 1998-2008

-Conseil canadien du compostage

-Fonds de recherche et de développement technologique en environnement

-Environnement Canada

-Ministère du Développement durable, Environnement et Parcs

-RECYC-QUÉBEC

-Gérer les matières résiduelles dans les municipalités

-Conporec

-Salon des technologies environnementales du Québec - 2008

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