avec Nathalie Deschênes, coordonnatrice chez Micro-Crédit KRTB.
L'activité de microcrédit consiste généralement en l'attribution de prêts de faible montant à des entrepreneurs ou à des artisans qui ne peuvent accéder aux prêts bancaires classiques.
Bien que le microcrédit se soit développé principalement dans les pays émergents, il se pratique maintenant de plus en plus dans les pays industrialisés. Orienté vers le développement local, il favorise l'entrepreneuriat et encourage la réalisation de microprojets dans différents domaines. C'est un outil efficace pour lutter contre l'exclusion sociale et la pauvreté.
Si le développement économique se fait, plus souvent qu'autrement, avec d'importants capitaux, il n'en demeure pas moins que le microcrédit peut contribuer lui aussi, à sa façon, au développement local en générant des activités économiques et en favorisant la création et le maintien en emploi des personnes qui en ont le plus grand besoin.
La microfinance est également bien présente au Québec. Pour en savoir plus sur le sujet, Québec MUNICIPAL s'est entretenu avec Nathalie Deschênes, coordonnatrice chez Micro-Crédit KRTB.
Entrevue réalisée par Jacques Poulin, rédacteur de Québec MUNICIPAL
| Québec MUNICIPAL | Comment votre organisme a-t-il été créé? |
| Nathalie Deschênes |
Le projet d'offrir un crédit communautaire dans notre région est issu d'un colloque qui a eu lieu en avril 2002.
Organisé par la Coalition témiscouataine pour l'enrichissement collectif, ce colloque visait à trouver des solutions à la pauvreté. Le microcrédit communautaire fut alors identifié comme un moyen pouvant aider les gens peu fortunés à se réaliser dans des projets à leur mesure et à participer ainsi au développement socio-économique de la région. Notre organisation est en opération depuis 2005. Je dois mentionner que nous travaillons en collaboration avec un autre organisme, le Réseau Accès Crédit de Rimouski qui dessert l'est de la région, alors que Micro-crédit KRTB s'occupe principalement de l'ouest du territoire, soit les MRC de Kamouraska, de Rivière-du-Loup, de Témiscouata et des Basques. |
| QM | Quelle est votre clientèle?
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| ND | Nous nous adressons aux personnes de 18 ans et plus qui sont désireuses de démarrer leur propre entreprise. Ce sont des gens qui n'ont pas accès ou qui ont un accès limité aux sources de crédit conventionnel. Ces dernières étant généralement conçues en fonction d'un certain profil de clientèle, elles excluent bon nombre d'individus. Ainsi, nous pallions à un manque de financement chez les travailleurs autonomes et les microentreprises. Notre organisme répond aussi à un besoin d'accompagnement des entrepreneurs. |
| QM |
Quels services offrez-vous?
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| ND |
Nous offrons des services de soutien, d'accompagnement et de microcrédit communautaire.
Voici nos principales interventions :
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| QM |
Quels types de projets financez-vous?
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| ND |
En ce qui nous concerne, de prime abord, tout projet est recevable quel que soit le secteur d'activité. Toutefois, avant de présenter une demande d'aide financière à notre fonds, le promoteur doit avoir fait des démarches auprès du CLD, de la SADC et de son institution financière. Nous aimons agir en complémentarité avec d'autres sources de financement afin de compléter le montage financier, mais nous pouvons aussi agir seul dans un dossier.
Nous analysons des ratios financiers, mais surtout un profil de compétences afin qu'il y ait une bonne cohérence « personne / projet ». De cette façon, nous maximisons les chances de succès des entreprises. Il va s'en dire que nous effectuons des prêts à haut risque et notre garantie est surtout la relation de proximité et de confiance que nous avons avec l'entrepreneur. L'élément humain est notre capital, si on peut dire. Aujourd'hui au Québec, le microcrédit concerne les femmes, à 58 %, et les hommes, à 42 %, et le taux de recouvrement est de 90 %! C'est l'un des meilleurs du secteur bancaire. |
| QM |
Quel est l'impact de votre intervention dans le milieu que vous desservez?
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| ND |
Nous travaillons à l'insertion socio-économique des personnes fragilisées et exclues par la voie de l'entrepreneuriat Nous accueillons et accompagnons ces personnes afin de construire et finaliser avec elles un parcours d'insertion socio-professionnel durable.
Nous avons comme objectif ambitieux, en plus d'être un outil de lutte à la pauvreté, de participer activement à réduire l'écart de développement qui existe entre les régions ressources et le reste du Québec. Sur un horizon de cinq à sept ans, nous financerons entre 50 et 60 projets et nous estimons que nous aurons prêté environ 700 000 $ aux promoteurs. Ce montant, combiné à l'apport des autres acteurs économiques, permettra de faire circuler plus de deux millions de dollars dans notre région! |
| QM |
Quels sont les sources de financement de votre organisme?
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| ND |
D'abord, nous avons eu l'appui du milieu lors de notre demande d'aide financière au Fonds québécois d'initiatives sociales de la MRC de Témiscouata, dans le cadre de son plan de lutte à la pauvreté et de l'exclusion sociale. Ce soutien de 50 000 $ sur deux ans, a permis l'embauche d'une personne permanente et d'avoir des capitaux en disponibilité pour nos promoteurs. Grâce à cette aide, nous faisons officiellement du micocrédit depuis mars 2005.
Par la suite, notre organisme a obtenu un don de la Fondation Béati, une importante fondation privée qui soutient financièrement des projets contribuant au renouvellement des pratiques sociales et pastorales au Québec. Récemment, nous avons reçu une subvention de 40 000 $ du ministère des Affaires municipales et des Région qui provient du Fonds conjoncturel. Enfin, nous venons tout juste de recevoir la confirmation de notre acceptation comme membre actif du Réseau Québécois du crédit communautaire. Cela nous permettra d'avoir accès à une enveloppe budgétaire de 80 000 $ sur une base annuelle récurrente. |
| QM |
Après deux années d'existence, quel est votre constat?
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| ND |
Il reste encore beaucoup de travail à faire puisque le crédit communautaire est encore trop peu connu du grand public, des investisseurs potentiels et même des responsables d'organismes qui partagent, avec les promoteurs du microcrédit, des objectifs de relance et de démarrage de petites entreprises. Nos clientèles cibles elles-mêmes ignorent trop souvent notre existence et connaissent encore moins les services que nous sommes en mesure de leur offrir.
Le principe du microcrédit en milieu rural repose sur le soutien de la communauté locale dans un contexte de solidarité. Il donne ainsi les moyens de mobiliser les ressources disponibles dans le but d'aider les promoteurs. C'est donc la communauté qui prête à la communauté. Nos réalisons que nos interventions ont un effet positif sur le développement économique et social de la région. Notre expérience dans le Témiscouata démontre qu'un investissement initial de microcrédit crée un effet d'entraînement; il entraîne souvent par la suite un autre investissement provenant d'un CLD, d'une SADC ou d'une institution financière. Ainsi, si nous n'avions pas investi dans certains dossiers, il aurait été nettement plus difficile pour les autres investisseurs de s'engager dans ces projets. Depuis nos débuts, nous pouvons donc confirmer que nous sommes bel et bien un multiplicateur d'investissements! À notre manière, nous constituons un maillon essentiel de la chaîne de l'enrichissement collectif d'une société. |