Valorisation du biogaz
Quand des déchets font pousser des tomates
avec Robert Comeau, directeur général | RGMRM
À l'heure du développement durable, des projets de plus en plus ingénieux voient le jour visant à réduire les impacts négatifs générés par nos activités sur l'environnement. Transformer les biogaz émis par un site d'enfouissement sanitaire en énergie propre pour la production de tomates en serre, voilà une initiative pour le moins inusitée qui permet d'apporter une solution durable, voire rentable, pour la réduction des gaz à effet de serre.
D'ailleurs, en vertu de la réglementation sur l'élimination des matières résiduelles et de l'incinération au Québec, tous les sites qui enfouissent plus de 50 000 tonnes de déchets par année devront détruire les biogaz qu'ils génèrent d'ici 2009.
La Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie (RGMRM) a mis de l'avant un projet novateur permettant de recycler les biogaz de son site d'enfouissement et de transformer ainsi un problème environnemental en un avantage économique régional.
Québec MUNICIPAL s'est entretenu avec Robert Comeau, directeur général de la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie (RGMRM) pour en savoir plus sur ce projet.
Entrevue réalisée par Jacques Poulin, rédacteur de Québec MUNICIPAL
| Québec MUNICIPAL |
Quelle est l'origine de votre projet?
|
| Robert Comeau |
Dès l'ouverture du site d'enfouissement à Saint-Étienne-des-Grès, il y a avait une volonté politique de se servir de cet équipement comme levier économique afin d'améliorer la richesse collective en Mauricie. Alors, nous nous sommes mis à la recherche d'un projet nous permettant de rencontrer nos objectifs. La logique de notre démarche était de saisir l'opportunité de créer de la valeur ajoutée en transformant les biogaz provenant de notre site d'enfouissement en source d'énergie propre et renouvelable pour des fins industrielles.
Nous voulions faire d'un problème environnemental un avantage stratégique pour attirer des entreprises et créer des emplois.
Il ne faut pas oublier qu'en vertu de la loi, tous les sites qui enfouissent plus de 50 000 tonnes de déchets par année devront, de toute manière, prendre les dispositions nécessaires pour détruire les biogaz qu'ils génèrent. Alors, dans ce contexte, nous en sommes venus à la conclusion qu'il valait mieux investir un peu plus d'argent pour recycler ces gaz en énergie verte que de dépenser des sommes importantes pour les détruire.
|
| QM |
Quelles ont été les principales étapes menant à la réalisation de votre projet?
|
| RC |
Tout d'abord, nous avons réalisé diverses études afin d'évaluer le potentiel du site, d'identifier les d'entreprises qui pourraient être intéressées par notre projet, de déterminer les coûts de réalisation, etc. Ensuite, nous nous sommes mis à la recherche d'un partenaire privé.
Le projet s'est toutefois déroulé sur une assez longue période; la première étude a été réalisée en 1997 et les travaux seront concrétisés cette année. Il s'agit d'une approche nouvelle pour valoriser les biogaz d'un site d'enfouissement. Il fallait donc faire la démonstration que la solution que nous proposions était réalisable, viable et même rentable. Par exemple, avec notre partenaire actuel, Les Serres du Saint-Laurent, nous avons échangé pendant quatre années.
Aujourd'hui, tous les gens qui ont été associés à ce projet sont bien heureux de la tournure des événements.
|
 |
| QM |
Cette énergie peut convenir à quel type d'entreprise?
|
| RC |
Nous avons travaillé des dossiers avec des entreprises oeuvrant dans différents domaines : le séchage du bois, la pisciculture, l'industrie du verre, etc. En général, ce sont des entreprises qui consomment beaucoup d'énergie et qui sont à la recherche d'un approvisionnement fiable au meilleur coût possible.
Les serres sont un bon exemple du type d'entreprise pouvant bénéficier avantageusement de notre source d'énergie. En effet, les exploitants de serres au Québec ont beaucoup de difficulté à être compétitifs dans leur marché durant les mois d'hiver. De plus, ils ne peuvent plus compter sur un tarif préférentiel que leur accordait Hydro-Québec auparavant. Alors, le coût de l'énergie est crucial pour eux. Ainsi, les biogaz serviront à chauffer le complexe serricole et à fournir le gaz carbonique nécessaire à la croissance des plantes cultivées de façon hydroponique.
|
| QM |
La technologie retenue est-elle récente?
|
| RC |
Il existe plusieurs projets utilisant le biométane. Il y a d'ailleurs une serre qui est en opération en Colombie-Britannique et plus près de nous, à Montréal, la carrière Miron utilise cette énergie verte depuis plusieurs années. Notre approche d'affaires, si on peut dire, n'est pas conventionnelle, mais la technologie en soi n'est pas récente.
|
| QM |
Quel est le coût total du projet et de quelle aide financière avez-vous pu profiter?
|
| RC |
Le projet est évalué à 17 millions $. En fait, c'est plutôt notre partenaire privé, Les Serres du Saint-Laurent, qui a bénéficié d'une subvention. Les gouvernements du Québec (MAPAQ) et d'Ottawa (Ressources naturelles Canada) ont contribué, je crois, pour un peu plus du tiers de l'investissement. Hydro-Québec, le CLD de Maskinongé et la Régie ont également participé financièrement à ce projet.
|
| QM |
Plus concrètement, quel sera l'impact positif sur l'environnement?
|
| RC |
Il n'est pas négligeable. Les matières résiduelles du site produisent environ 130 000 tonnes de CO2. En fait, c'est comme si on retirait environ 20 000 voitures du réseau routier instantanément.
|
| QM |
Qui sera le gestionnaire du projet?
|
| RC |
Nous n'avons pas d'expertise dans ce domaine. Alors, l'entreprise qui sera choisie pour la construction de l'usine de compression et de traitement du gaz devra faire les plans et devis de sa technologie, construire l'usine et l'opérer pendant une période de trois ans. Cette façon de faire facilitera la gestion du projet et garantira le bon fonctionnement des opérations.
|
| QM |
Êtes-vous en concurrence avec d'autres entreprises de distribution d'énergie?
|
| RC |
Non, pas pour ce type de projet. Le gouvernement a récemment déréglementé la distribution des biogaz. Auparavant, lorsqu'un site d'enfouissement voulait vendre des biogaz à un tiers, il devait effectivement confier ce mandat à Gaz Métro.
|
| QM |
Quelles sont les modalités de l'entente avec votre partenaire?
|
| RC |
Vous comprendrez que je ne peux divulguer tous les détails de l'entente que nous avons avec notre partenaire privé. Toutefois, je peux vous dire que notre entente est d'une durée de trente ans, avec une option de dix ans supplémentaires. Nous avons développé un modèle sur mesure basé sur des tarifs avec indexation, de sorte que le client sait combien lui coûtera son énergie dans 15 ans, ce qui met l'entreprise à l'abri des grandes fluctuations des prix que l'on connaît parfois dans ce marché.
|
| QM |
Combien d'emplois seront créés?
|
| RC |
Ce projet créera environ 100 emplois, dont 75 à Saint-Étienne-des-Grès et 200 emplois indirects.
|