Dans plusieurs régions du Québec, les entreprises éprouvent de plus en plus de difficulté à recruter de la main-d'oeuvre qualifiée et tout nous porte à croire que ce phénomène n'ira pas en diminuant. En effet, outre la population décroissante et les jeunes qui ont tendance à quitter leur région d'origine pour aller étudier et travailler dans les grands centres, la pénurie de main-d'oeuvre sera bientôt accentuée avec le départ massif des baby boomers pour la retraite.
Pour faire face à cette situation, la région du Suroît-Sud s'est dotée d'un outil stratégique lui permettant d'agir dans son milieu en créant un organisme dont la mission est de s'attaquer spécifiquement à ce problème: la Mutuelle d'attraction Valleyfield-Huntingdon.
Québec MUNICIPAL s'est entretenu avec Marie Barrette, directrice générale de la Société d'aide au développement des collectivités (SADC) du Suroît-Sud, pour en connaître davantage sur cette initiative.
Entrevue réalisée par Jacques Poulin, rédacteur de Québec MUNICIPAL
| Québec MUNICIPAL | D'où vient cette initiative? |
| Marie Barrette |
Elle vient essentiellement du milieu. Face à la pénurie de main-d'oeuvre chronique que subissent les entreprises de la région Suroît-Sud, les employeurs et les intervenants locaux ont voulu unir leur force pour trouver des solutions concrètes à ce problème.
Vous savez, le problème de recrutement de main-d'oeuvre doit d'être adressé rapidement aux instances concernées pour agir avant que la situation ne devienne irréversible. Il affecte directement la croissance des entreprises et conséquemment, il finit par avoir un impact sur l'ensemble de la structure sociale et économique d'une région. |
| QM | Voulez-vous nous décrire la démarche qui a mené à la mise en oeuvre de ce projet? |
| MB |
D'abord, nous avons voulu mieux documenter les problématiques liées au recrutement de la main-d'oeuvre. Alors, les deux MRC touchées, soit celles de Beauharnois-Salaberry et du Haut-Saint-Laurent, les deux CLD qui couvrent ce territoire et notre SADC se sont mis ensemble pour faire faire une étude permettant de mieux cerner les forces et les faiblesses de la région.
Les conclusions de cette étude ont mené à la création d'un comité ayant comme responsabilité la relance du Suroît-Sud avec des axes de développement à privilégier: le potentiel de l'agroalimentaire, l'industrie manufacturière, le récréotourisme, le transport et la logistique. L'amélioration des conditions régionales, plus spécifiquement la main-d'oeuvre et les infrastructures de la région, fait également partie des priorités de développement. Ensuite, un forum a été organisé avec des entrepreneurs et des représentants d'organismes engagés dans le développement régional où les axes de développement retenus ont été présentés et validés. Le forum fut une activité très enrichissante pour tous les intervenants. Il leur a permis de mieux se connaître, de partager leurs expériences et de créer des liens entre-eux. Le forum a permis aussi d'établir une synergie entre les différents intervenants. Les activités qui ont été mises en branle autour du dossier de la relance nous ont permis d'identifier des personnes détenant une expertise pour chacun des axes de développement et de nommer des responsables de dossiers. C'est dans ce contexte que des employeurs ont manifesté le désir de travailler ensemble afin d'analyser les pistes de solutions communes qui s'offraient à eux pour résorber la pénurie de main-d'oeuvre dans leur secteur d'activité. C'est là que le projet de créer un organisme qui se concentrerait sur cette problématique est né. La SADC du Suroît-Sud a principalement joué un rôle d'animation et de concertation dans le milieu afin de favoriser la réalisation d'un projet structurant pour la région. |
| QM |
Pourquoi créer un organisme? |
| MB |
La création d'un organisme comme la Mutuelle vient justement confirmer l'importance qu'accordent les employeurs à ce problème et leur détermination à travailler sur des stratégies visant à le solutionner dans une perspective à long terme.
C'est un instrument commun que les employeurs ont voulu se donner. La Mutuelle d'attraction Valleyfield-Huntingdon a été créée par les employeurs et pour les employeurs. |
| QM |
Quelle est sa mission ? |
| MB |
La mission de la Mutuelle consiste à assurer le développement d'une force crédible auprès de la main-d'oeuvre en tissant des liens solides et complémentaires entre les acteurs de la région dans une optique d'interaction.
Toutefois, il n'est pas exclu que le mandat de l'organisme puisse être élargi à des activités autres que celles liées spécifiquement à la main-d'oeuvre. Comme vous le savez, notre région a été lourdement éprouvée par la fermeture de Goodyear et la suppression de centaines d'emplois dans l'industrie du textile. Cet organisme pourra certainement apporter une contribution significative. |
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| QM |
Sur quoi la Mutuelle entend-t-elle mettre l'accent? |
| MB |
Elle mènera bien entendu des activités pour favoriser le recrutement, la rétention et le développement de la main-d'oeuvre. On s'aperçoit aussi que les entreprises locales sont méconnues des résidants. Il faut donc les faire connaître en faisant de la promotion et en organisant des portes ouvertes, par exemple. Contrer l'exode des jeunes qui nous quittent pour les grands centres urbains est aussi une grande préoccupation. Il faut donc les sensibiliser aux possibilités de carrière qu'il y a dans la région.
Les besoins en main-d'oeuvre qualifiée doivent également être adressés au réseau de l'éducation afin que les institutions scolaires en tiennent compte dans l'élaboration de leurs programmes. Enfin, pour attirer des travailleurs dans la région et les garder, il faut les soutenir dans leur établissement, les aider dans leur recherche d'emploi et mieux faire connaître la qualité de vie que nous offrons ainsi que nos attraits récréo-touristiques. Il appartiendra aux membres de la Mutuelle de définir les objectifs à atteindre à court, moyen et long terme ainsi que le plan d'action approprié. |
| QM |
Quel est le budget de fonctionnement de la Mutuelle et comment se financera-t-elle pour assurer sa pérennité? |
| MB |
La Mutuelle a été officiellement lancée le 4 avril dernier. Alors, le financement du budget de démarrage est assuré par Emploi-Québec et la SADC Suroît-Sud. Grosso modo, le budget annuel sera de l'ordre de 200 000 $. Il faut mentionner que la grande partie de cette somme sera consacrée à faire de la promotion et non à entretenir une structure organisationnelle.
Le financement des activités de l'organisme sera assumé par les employeurs membres qui pourront provenir autant du secteur privé que public, incluant les municipalités. À cet effet, au cours des prochaines semaines, la Mutuelle déploiera une série d'actions dans le cadre d'une campagne de recrutement de membres. D'ailleurs, à ce chapitre, ça va très bien, car une quinzaine d'entreprises ont déjà confirmé leur adhésion et versé leur cotisation. |
| QM |
Quel est le coût d'adhésion à la Mutuelle? |
| MB | Le coût d'adhésion annuel pour une entreprise est modulé selon le nombre d'employés. La grille tarifaire s'échelonne de 1 000 $ à 8 000 $ et il y a deux catégories de membres : actifs et partenaires. Le membre partenaire apportant surtout un soutien financier sans nécessairement bénéficier de tous les services offerts par l'organisme. Chaque membre doit aussi s'engager pour une période de trois ans. |
| QM |
Existe-t-il des programmes d'aide financière auxquels les gens peuvent s'adresser pour monter un projet semblable? |
| MB | Il m'est difficile de répondre pour les autres organismes, mais en ce qui concerne le réseau des SADC, je puis vous dire que nous disposons, suite à une entente avec Développement économique Canada, d'une nouvelle enveloppe budgétaire qui est dédiée aux initiatives de développement local. |