À la suite de la rencontre internationale du Sommet de la Terre à Rio en 1992, plus de 130 pays se sont engagés à élaborer et appliquer des stratégies de développement durable. Ils ont signé une entente en vue de mettre en oeuvre des actions de développement durable, autant sur le plan national, régional que local. D'où l'Agenda 21 local, c'est-à-dire un plan d'action de développement durable pour le XXIe siècle, adapté aux caractéristiques du territoire d'une collectivité donnée. Bien implanté en Europe et aux États-Unis, ce concept vient de faire son apparition au Québec.
La Ville de Saint-Félicien est l'une des premières villes à s'être engagées dans cette démarche et elle l'a fait avec beaucoup de conviction. En effet, elle y voit un moyen exceptionnel permettant de mobiliser les forces vives du milieu autour de projets structurants, basés sur le principe du développement durable, et adaptés aux réalités, aux besoins et aux aspirations de la population locale. D'ailleurs, en mars dernier, la Ville adoptait officiellement son Agenda 21 local.
En entrevue avec Québec MUNICIPAL, le maire de la Ville de Saint-Félicien, Gilles Potvin, nous renseigne sur son projet.
Entrevue réalisée par Jacques Poulin, rédacteur de Québec MUNICIPAL
| Québec MUNICIPAL | Dans quel contexte avez-vous mis de l'avant ce projet? |
| Gilles Potvin |
D'abord, il faut dire que Saint-Félicien fait du développement durable depuis des décennies. On en faisait bien avant que l'on appelle cela du développement durable. En effet, pour ne nommer que quelques exemples, la création du Jardin zoologique de Saint-Félicien, qui fut à l'époque un concept inédit, le programme sur les techniques du milieu faunique et en tourisme, dispensé exclusivement par notre Cégep, la construction d'une centrale thermique et l'Éco-Parc industriel ont tous été des projets novateurs réalisés dans une perspective de développement à long terme.
Pour les gens d'ici, le développement durable ne s'oppose pas au développement économique. Bien au contraire, ils se conjuguent! C'est une approche qui nous a permis d'innover et, comme vous pouvez le constater, de mettre sur pieds de nouvelles entreprises ayant des produits et des services à valeur ajoutée, de créer des emplois et d'attirer des gens ici pour s'y établir. Alors, la participation de la Ville à un projet comme Agenda 21, s'inscrivait dans la continuité de ce que nous avions fait auparavant. C'est une étape nécessaire, voire stratégique, pour Saint-Félicien. |
| QM | Qu'est-ce qu'un Agenda 21 à l'échelle d'une municipalité? |
| GP |
En fait, il s'agit d'une démarche collective qui consiste à identifier des projets provenant des élus, des citoyens, des groupes et des entreprises d'une municipalité et de les inscrire dans un plan d'action qui sera réalisé à court, moyen et long terme. Ces projets doivent répondre aux besoins immédiats des générations actuelles sans hypothéquer l'avenir des générations futures en tenant compte de l'aspect environnemental, social et économique. Les choix doivent se faire en respectant ces trois sphères. Le développement durable, ce n'est pas seulement «l'environnement».
L'avantage d'un Agenda 21, c'est qu'il est conçu par et pour les citoyens d'une municipalité. C'est leur agenda, il leur appartient. Aussi, ça les responsabilise, car tout ce qu'il y a dedans a été décidé collectivement au bénéfice de la population locale. Le plan d'action identifie les moyens permettant d'atteindre les objectifs fixés ainsi que les acteurs qui travailleront à leur mise en place. C'est un instrument qui permet de mettre le focus sur des actions bien précises à réaliser et ainsi, concentrer nos efforts pour solutionner des problématiques spécifiques, comme par exemple, le dépeuplement. C'est un moyen efficace pour susciter l'intérêt des gens afin qu'ils se mobilisent autour d'enjeux communs qui les touchent de près. Les actions retenues à l'agenda seront forcément intégrées aux discours des élus et des différents acteurs locaux. Alors, tout le monde en parle! |
| QM | Comment avez-vous démarré ce projet dans votre localité et combien de temps avez-vous mis pour réaliser votre plan d'action? |
| GP |
Comme je vous l'ai mentionné, l'Agenda 21 est conçu par les gens du milieu. Le projet a débuté par la création d'un comité de parrainage constitué d'une quinzaine d'individus provenant de milieux différents de manière à susciter une synergie créatrice. Le rôle de ce groupe consistait à proposer à la population et à ses représentants, des mécanismes permettant de s'informer et d'agir sur le développement de leur municipalité dans une perspective de développement durable.
Nous avons privilégié la participation des personnes au lieu d'organismes ou de groupes. Nous voulions que notre démarche soit axée sur le citoyen. Ensuite, un diagnostic à été établi afin d'avoir un portrait de notre territoire et un repérage des initiatives des acteurs locaux. Des sessions d'information publique ont été organisées pour présenter le projet à la population. Tout au long de la démarche, les citoyens ont été consultés à plusieurs reprises sur les actions choisies pour atteindre les objectifs de l'Agenda 21 lors de soirées de consultations publiques. La mise en oeuvre est assurée par un comité de suivi. Le projet a débuté au début de février 2005 et nous avons adopté notre Agenda 21 local le 8 mars dernier. |
| QM | Avez-vous profité d'une aide financière pour élaborer votre plan d'action? |
| GP | Oui. Le Fonds d'action québécois pour le développement durable (FAQDD) et son partenaire financier, le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs ont contribué à hauteur de 148 555 $ (pour les projets de Saint-Félicien et de Sorel-Tracy). La Ville a mis la somme de 20 000 $. |
| QM | Quel est votre plan d'action? |
| GP |
Notre agenda est constitué de huit grandes orientations:
-Redressement de la croissance démographie; -Cohabitation des usages territoriaux à travers un aménagement durable; -Transport urbain non centré sur la voiture; -Gestion environnemental intégrée; -Économie locale : création d'emplois et diminution des disparités; -Gouvernance locale et participation civique; -Équité et cohésion sociale : conditions de prospérité économique; -Qualité de vie : concept intégrateur du développement durable viable. Pour de plus amples renseignements, je vous invite à consulter le document Agenda 21 local (disponible à la fin de l'interview). On y trouve la description détaillée de nos orientations et les actions à réaliser pour atteindre les objectifs fixés.
|
| QM | Quel est l'impact de ce plan d'action sur les activités de votre municipalité? |
| GP |
Conséquemment, ce plan d'action est maintenant intégré à l'ensemble des activités de notre administration municipale afin d'en tenir compte lors de l'élaboration de nouvelles politiques ou réglementation. L'Agenda 21 est notre document de référence et un guide.
Les employés municipaux ont été bien informés et formés à ce sujet afin que ces nouvelles valeurs soient bien comprises de tous et qu'elles soient intégrées dans leurs tâches quotidiennes. |
| QM | Avez-vous établi le coût de ce plan d'action pour votre municipalité? |
| GP |
L'enveloppe budgétaire n'est pas encore définie. Toutefois, nous avons retenu des projets que nous croyons raisonnables et à portée de nos moyens financiers. Nous misons, pour plusieurs d'entre eux, sur un partage des coûts avec les gouvernements supérieurs, voire même, une participation du milieu si nécessaire.
Les projets découlant de ce plan d'action sont issus de la population. Alors, lorsqu'il y aura des investissements à faire pour les concrétiser, la Ville, pour être conséquente avec elle-même, devra les faire. Vous savez, si on veut être pris au sérieux par les autres partenaires financiers, il va de soi que l'on s'engage financièrement nous aussi dans nos projets. C'est une règle de base. Toutefois, à chaque fois, nous retournerons devant la population pour faire avaliser nos décisions avec des devis et des évaluations précises. On pourra aussi présenter les différents scénarios qui s'offrent à nous pour réaliser un projet. Il faut comprendre que l'Agenda 21 n'est pas un carcan, c'est une feuille de route qui nous permet de prioriser, d'organiser et de structurer nos interventions dans le temps en s'accordant cependant de la flexibilité, si cela est nécessaire. Dans ce sens, ça devient également un formidable outil d'aide à la décision. |
| QM | Croyez-vous réellement qu'un plan d'action comme celui-ci, peut venir en aide à une municipalité qui est confrontée à des problèmes comme l'exode des jeunes, les pertes massives d'emplois, les activités monoindustrielles, etc.? |
| GP |
J'en suis convaincu. Certes, ce n'est pas une panacée, mais ça nous aide à prioriser nos actions et à y voir plus clair. Mais en premier lieu, il appartient aux municipalités de se prendre en main et de ne pas attendre tout le temps que les solutions viennent d'ailleurs. Il faut être proactif!
Cependant, les gouvernements devront faire leur bout de chemin. Les ministères devront de plus en plus penser leurs programmes en tenant compte des spécificités locales. Je pense que les interventions de l'État avec des approches normées «mur à mur» ne sont plus actuelles. En région, nous avons besoin de flexibilité afin de pouvoir nous diversifier et nous repositionner rapidement lorsque la situation l'exige. Le temps joue contre nous. L'Agenda 21 mise sur des initiatives locales et personnalisées, très près du lieu de vie du citoyen. Il nous faut donc des programmes qui peuvent recevoir des projets spontanés, originaux et novateurs, réalisables et adaptés aux besoins du milieu. Du «sur mesure» quoi! À cet égard, je perçois une bonne écoute, une ouverture, de la part des fonctionnaires des différents ministères impliqués dans ce type de dossiers. On sent qu'ils sont en mode de recherche de solutions. Nous sommes les experts sur le terrain, alors, c'est à nous de les alimenter en bons projets. |
| QM |
En terminant, comment pourriez-vous résumer, en quelques mots votre expérience avec Agenda 21 local?
|
| GP | C'est un investissement démocratique formidable qui profite à l'ensemble des citoyens d'une localité. La population de Saint-Félicien a manifesté beaucoup d'intérêt pour ce projet parce qu'elle a pu s'impliquer directement dans la réalisation de l'agenda. Pour les élus municipaux, c'est un puissant processus de consultation qui leur permet d'être en interaction constante avec les citoyens. Pour réussir dans ce type de projet, les élus doivent cependant accepter de partager une partie de leurs pouvoirs politiques avec les citoyens. |