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Entrevue

Virage santé à l'aréna municipal : exit la malbouffe!

Avec Jude Émond, directeur des loisirs
Municipalité de lac-Etchemin

La malbouffe est partout et, c'est bien connu, elle menace notre santé. D'ailleurs, le gouvernement du Québec souhaite l'éliminer dans les écoles en proposant aux commissions scolaires une politique-cadre en matière d'alimentation, sans toutefois les contraindre à prendre ce virage santé.

Haut lieu du sport et de la santé et fréquenté principalement par des jeunes en pleine croissance, l'aréna municipal est, paradoxalement, un véritable lieu de prédilection pour le «junk food» où règnent la patate frite, les boissons gazeuses et les croustilles. En pleine épidémie d'obésité, pourtant, personne ne semble s'en scandaliser...

Mais voilà que la Municipalité de Lac-Etchemin décide d'intervenir pour remédier à cette situation en posant un geste audacieux : bannir complètement la malbouffe de son aréna en lui substituant une alimentation santé.

Pour en connaître davantage sur cette initiative, Québec MUNICIPAL s'est entretenu avec Jude Émond, directeur des loisirs.

Entrevue réalisée par Jacques Poulin, rédacteur de Québec MUNICIPAL


Québec MUNICIPAL Qu'est ce qui a incité la Municipalité à prendre ce virage santé?

Jude Émond Il s'agit, à la base, d'une volonté politique de vouloir offrir à la clientèle de l'aréna une alimentation santé. C'est une question de cohérence voulant que l'on doive nourrir sainement les gens qui font du sport. Aussi, en conformité avec notre politique familiale, nous désirons, lorsque nous en avons l'opportunité, poser des gestes concrets en vue d'améliorer la qualité de vie de nos citoyens.


QM Au moment où vous avez décidé d'aller de l'avant avec votre projet, étiez-vous lié à un concessionnaire par contrat?

JE Non. Nous avions cessé d'opérer le casse-croute de l'aréna depuis environ dix-huit mois pour des raisons de rentabilité. Il n'y avait que des machines distributrices.

On a donc profité de cette opportunité pour repartir en neuf avec ce projet.


QM Quel fut votre point de départ?

JE D'abord, nous avons défini exactement ce que nous voulions faire. Par exemple : offrir des aliments sans friture et de qualité, proposer un menu varié et équilibré, trouver des substituts à la nourriture traditionnelle que l'on retrouve ordinairement dans ce type d'établissement, etc.

Nous avons également fait des recherches pour voir ce qui se faisait dans les autres municipalités. À cet égard, à l'auditorium de Verdun, on y offre un choix varié de nourriture, mais sans avoir éliminé complètement les aliments associés à la malbouffe. En ce qui nous concerne, nous voulions faire un virage radical en écartant la possibilité d'offrir des alternatives. Nous n'avons donc pas retenu ce modèle.

J'ai communiqué aussi avec la Chaire de recherche sur l'obésité de l'Université Laval où j'ai pu discuter de notre projet avec un spécialiste dans le domaine, M. Paul Boisvert. Il ma donné une foule de renseignements fort utiles.

Nous voulions bien cerner tous les impacts relatifs à notre décision et réaliser notre projet avec une approche réaliste et des actions concrètes. Nous avons donc mis beaucoup de temps à l'élaborer. Dans ce type d'initiative, sans référence de base pour nous guider, on ne pouvait procéder avec la méthode essai-erreur avec la clientèle. Nous savions pertinemment que nous n'aurions pas une deuxième chance de faire une bonne première impression!


QM De quelle façon vous y êtes vous pris pour déterminer les repas et les aliments santé que vous alliez offrir?

JE Comme vous le savez, pour plusieurs personnes, la nourriture santé est souvent associée, à tort, à une nourriture moins savoureuse. Surtout chez les jeunes, la poutine aura plus souvent la cote qu'une salade par exemple.

Ainsi, en tout premier lieu, nous devions absolument surmonter cet obstacle. Nous avons donc associé une diététicienne de notre CSSS local à notre démarche afin de nous guider dans nos choix.

La règle fondamentale était la suivante : tous les repas servis devront être nourrissants, bien sûr, mais surtout bons au goût! Concernant l'apport nutritionnel, nous nous sommes référés au Guide alimentaire canadien. Chacune des assiettes servies au casse-croûte doit répondre à un minimum de trois éléments du guide. Une portion de légumes ou de fruits, de viande et substitut, de produits céréaliers et de produits laitiers.

De plus, pour valider nos choix, nous avons testé chaque produit et nous y avons apporté les ajustements nécessaires. Ce banc d'essai nous a permis d'élaborer un premier menu correspondant à nos normes : spaghettis et salade césar, brochette slouvakis sur nid de riz, fajitas au poulet, sous-marin libanais et le kaiser au rosbif. Nous avons veillé aussi à ce que les prix soient abordables et compétitifs par rapport à la malbouffe. Ils varient entre 5,75 $ et 8,75 $. Les machines distributrices contiennent de l'eau et des jus.




Je remarque que les fournisseurs commencent à s'adapter à cette nouvelle réalité. On trouve maintenant de la «slush», très populaire auprès des jeunes, faite avec du vrai jus de fruits!


QM Quand avez-vous commencé à appliquer votre virage santé à l'aréna et comment la clientèle a-t-elle réagi à ce changement?

JE Nous avons ouvert le casse-croûte santé en novembre dernier, en plein lors d'un tournoi de hockey mineur! Alors, inutile de vous dire qu'il s'agissait du test ultime auprès de la clientèle!

En plus, nous faisons la promotion de la santé auprès des gens qui fréquentent l'aréna. En effet, nous croyons que le volet éducatif est une dimension indissociable pour réussir dans ce type de projet. Nous avons donc installé des affiches qui informent les gens sur les aliments à consommer avant et après une partie de hockey, d'où vient l'énergie, l'importance de bien s'hydrater, etc.




Certes, les gens ont été quelque peu étonnés, mais agréablement surpris. Mais, il faut dire que l'on ne se limite pas à répondre aux commandes. La serveuse au comptoir informe et conseille les clients. C'est très apprécié.

Vous savez, tout est dans la manière de faire les choses. Après un tournoi de hockey, par exemple, une petite collation est souvent offerte aux participants, alors pourquoi de ne pas donner un fruit et un jus au lieu d'un petit gâteau et d'une boisson gazeuse?


QM Ne craigniez-vous pas de perdre des commanditaires lors de vos activités, surtout ceux plus associés à la malbouffe?

JE Il n'y a pas eu d'entreprises qui se sont montrées hostiles à notre démarche. C'est que dans l'aréna, on ne sert pas ce type de nourriture. C'est notre prérogative en tant que propriétaire de l'établissement.

L'approche «santé» est maintenant une tendance lourde dans notre société avec laquelle l'industrie alimentaire doit composer. On est très conscient que l'on ne peut contrôler ce que les gens mangent au quotidien, mais, on essaie de faire notre part afin de les influencer positivement dans les lieux qui sont sous notre responsabilité.


QM Afin de trouver un concessionnaire, vous deviez aller en appel d'offres. Compte tenu de la nature de votre projet, axé sur une alimentation santé, comment peut-on transposer de telles exigences dans un devis?

JE Il est vrai que l'information sur ce sujet était rare, voire inexistante. Nous avons donc dû inventer notre propre modèle.

En fait, nous avons dressé une liste d'aliments prohibés (chips, hot-dog, liqueurs, etc.) et une autre mentionnant ceux qui sont acceptés (jus, fruits, etc.). Bien sûr, cette dernière liste pourra évoluer afin de tenir compte des goûts et des préférences de la clientèle. Toutefois, nous avons ajouté une clause mentionnant que tout ajout devra faire l'objet d'une approbation par notre diététicienne. Nous avons donc fourni les balises à respecter afin que les fournisseurs comprennent bien ce que nous voulions faire.


QM Quel a été le résultat de l'appel d'offres? Avez-vous eu plusieurs soumissionnaires intéressés?

JE Nous n'avons eu aucune soumission suite à notre appel d'offres. Ça n'a pas été une surprise. Cette pratique dans notre domaine est nouvelle et je pense que les fournisseurs attendent de voir ce qui va se passer avant d'aller de l'avant. Ils se questionnent beaucoup sur la rentabilité. Ils craignent peut-être que leur marge bénéficiaire soit plus étroite en raison du coût des aliments ou la réaction des clients. Vous savez, c'est un autre «business», une autre approche : on passe de patates, hot dog, chips... à jus frais, fruits, yogourt à boire...


QM Alors, qu'avez-vous fait pour trouver un fournisseur?

JE Comme je vous le mentionnais, notre virage santé fut au départ une volonté politique avec tous les avantages et les inconvénients que cela comporte. Donc, par conséquent, la municipalité assume cette orientation et elle est disposée à prendre les actions nécessaires pour soutenir le projet.

Des recherches plus poussées nous ont permis de trouver une entreprise détenant une expertise dans ce domaine et qui était très intéressée par notre initiative. Nous avons conclu une entente avec elle. Afin de minimiser le risque financier pour l'opérateur, la municipalité a accepté de s'impliquer financièrement en accordant, à titre d'exemple, un congé de loyer.


QM Voyez-vous d'autres opportunités où vous pourriez appliquer votre politique d'alimentation santé?

JE Oui, nous voulons aller encore plus loin! Chaque année, il y a une foule d'événements qui se tiennent sur le territoire de la municipalité. Bien que nous ne puissions imposer notre «virage santé» aux organisateurs, nous pouvons toutefois les influencer dans ce sens et les encourager à présenter une alternative à la malbouffe lors de la tenue de leurs activités. C'est un pas dans le bon sens.

Aussi, toutes les machines distributrices installées sur les terrains de la municipalité (terrain de soccer, de baseball, de tennis etc.) devront contenir une variété de jus et de l'eau.

Comme dans plusieurs domaines, les changements dans les habitudes des gens se font progressivement, sans brusquer les choses. L'important est d'ouvrir les discussions à ce sujet avec nos partenaires à chaque fois que nous en avons l'occasion. Notre détermination et le temps finiront par faire leur oeuvre.


QM Après quelques mois d'opération, êtes-vous en mesure de nous donner un bref bilan?

JE Nous sommes justement à faire une première évaluation des opérations. Globalement, je peux vous dire que l'on n'a pas remarqué de tendance à la baisse des ventes et la clientèle est demeurée très satisfaite du service que nous offrons. Deux points majeurs.

Prochainement, nous rencontrerons le concessionnaire afin de faire le point plus précisément sur le sujet.

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Lien utiles

À propos de la municipalité de Lac-Etchemin

  • Maire: Jean-Guy Breton
  • Directeur général: Laurent Rheault
  • MRC: Les Etchemins
  • Région: Bellechasse
  • Population: 4037
  • Nom de l'aréna municipal: Simon-Nolet


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