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Entrevue

Val-Joli s'attaque au contrôle du bruit routier

Avec le maire Gilles Perron

Val-Joli fait figure de pionnière en matière de contrôle du bruit routier. Aux prises avec un problème récurrent dans un secteur résidentiel situé à proximité d'une usine où transitent un nombre important de véhicules lourds, la municipalité estrienne a décidé de réaliser deux projets pilotes en 2003 et 2005. Ainsi, des équipements permettant à la fois de mesurer le bruit émis par les camions et de communiquer les résultats aux conducteurs ont été installés sur son territoire. Cette action a permis de sensibiliser les conducteurs de camions, amenant même plusieurs d'entre eux à apporter les correctifs nécessaires. Québec MUNICIPAL s'est entretenu avec le maire Gilles Perron. Celui-ci n'hésite pas à dire qu'il souhaite qu'on en vienne un jour à imposer des contraventions pour bruit excessif aux conducteurs délinquants.

Entrevue réalisée par Dany Rousseau, rédacteur de Québec MUNICIPAL




Québec MUNICIPAL Dans quel contexte vous êtes-vous lancé dans ce projet?

Gilles Perron Notre municipalité est aux prises avec un important problème de bruit occasionné par le passage de camions qui vont et viennent à la papetière Domtar. Ce problème a pris de telles proportions que plusieurs propriétaires ont menacé de quitter si rien n'était fait pour remédier à la situation. C'est ce qui nous a amené à réaliser, en 2003, un projet pilote comprenant des stations de mesure de suivi acoustique.


QM De quoi s'agit-il?

GP Des sonomètres ont été installés à différentes distances sur la route utilisée par les camions. Ces appareils étaient reliés à un ordinateur, ce qui fait que nous pouvions voir ce qui se passait en temps réel. Cela nous permettait de savoir, par exemple, qu'un camion était passé à 8 h 36 et qu'il avait fait 86 décibels (DBA). Au bout du tracé où les sonomètres étaient installés, un écran cathodique informait le conducteur du véhicule du bruit qu'il émettait.


QM Quels résultats avez-vous obtenus?

GP Les données recueillies ont permis de confirmer que 15 % des camions dépassaient la norme de 80 DBA. 15 % de délinquants sur 150 000 passages de camions par année, c'est inacceptable! Des pointes de 95 DBA ont même été enregistrées. La nuit, 95 DBA, c'est l'équivalent d'un feu d'artifice devant votre maison!


QM Comment les camionneurs ont-ils réagi?

GP En voyant l'écran, plusieurs ont pris conscience du bruit qu'ils faisaient et ils ont posé les gestes qui s'imposaient pour remédier à la situation, soit en ralentissant ou encore en changeant leur silencieux ou autre pièce de leur camion. Il faut dire que nous n'avons pas ménagé les efforts. Je me suis moi-même rendu à l'usine pour rencontrer les camionneurs qui font affaires avec Domtar et les sensibiliser à la situation. Malgré cela, il reste toutefois encore un trop grand nombre de récalcitrants.


QM En 2005, vous avez aussi participé à un second projet pilote. Pouvez-vous nous en parler?

GP Cette fois, nous nous sommes associés à la Fédération québécoise des municipalités pour réaliser un projet touchant également les municipalités de Tadoussac et La Tuque, qui vivent elles aussi des situations problématiques. Des sonomètres ont à nouveau été installés ce qui nous a permis de recueillir d'autres données. Les résultats enregistrés à La Tuque sont similaires aux nôtres. Là aussi, l'installation de panneaux a sensibilisé les camionneurs, ce qui a permis d'observer une amélioration des comportements. À Tadoussac, le problème est toutefois plus aigu dans le secteur de la côte qui mène au traversier reliant la municipalité à Baie-Sainte-Catherine. C'est d'ailleurs pour cette raison que le ministère des Transports ciblera à nouveau ce secteur dans le cadre de la prochaine phase.


QM En quoi consistera cette troisième phase?

GP Elle aura lieu cet automne en différents endroits sur la route 138, entre la Côte-de-Beaupré et Sept-Îles. Cette fois, les équipements qui seront mis en place permettront de mesurer le bruit et la vitesse, en plus de prendre une photo du véhicule. L'objectif est d'arriver à identifier quel type de véhicule enfreint la norme des 80 DBA. En plus des camions, les motos et les voitures conventionnelles sont aussi visées, ce qui est une première.


QM Ces projets ont-ils été coûteux?

GP J'ignore combien la première phase à Val-Joli a coûté. La facture a été assumée par le ministère des Transports du Québec et la compagnie Domtar, qui en avait assez de recevoir des plaintes de citoyens. Pour ce qui est de la seconde phase, elle a coûté 200 000 $ et il faudra à nouveau compter plusieurs milliers de dollars pour les installations qui seront aménagées cet automne sur la Côte-Nord. À cela, il faut aussi ajouter les ressources humaines assignées par le ministère à ces projets.


QM Qu'a fait votre municipalité avec les données recueillies?

GP Nous avons préparé un règlement municipal. Notre objectif était d'imposer des contraventions à tous les véhicules délinquants. Ce règlement n'a toutefois jamais été déposé. C'est qu'en tant que municipalité, nous ne pouvons réglementer le bruit émis par les camions lourds, cette compétence relevant exclusivement du ministère du Transports par l'intermédiaire du Code de la sécurité routière.


QM La Sûreté du Québec aurait-elle été d'accord pour donner de telles contraventions?

GP Nous avons effectué des démarches en ce sens et je dois dire que les dirigeants de la SQ ont montré une certaine résistance à ce sujet. Une telle réaction est compréhensible compte tenu du fait qu'aucun règlement n'a été adopté. Ils ont aussi exprimé des craintes à l'effet que ces contraventions pourraient être contestées en cour. Pour être inattaquable devant le tribunal, il faudrait d'abord établir un protocole, être en mesure de démontrer que les agents ont suivi les normes lors de la cueillette de données avec le sonomètre, etc.


QM Croyez-vous qu'il faudrait vraiment en venir à imposer des contraventions sur le bruit?

GP Je le crois. À force d'entendre des gens trouver des excuses ou dire qu'ils ont le droit de faire ce qu'ils veulent, je suis devenu intolérant. Il est question ici de la quiétude et de la santé des gens. Personne ne devrait avoir à déménager à cause de la conduite d'individus irrespectueux. J'ai hâte qu'on passe enfin à l'action et qu'on arrête de me dire que je ne fais que recueillir des données.



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