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Entrevue

Le nouvel élan du monde rural

Avec Jacques Proulx, président de Solidarité rurale du Québec

Solidarité rurale a réalisé au printemps une vaste tournée de consultation qui lui a permis de prendre le pouls de la population à l'égard de la Politique nationale de la ruralité. L'exercice a soulevé beaucoup d'intérêt en région, pas moins de 900 personnes ayant pris part aux rencontres qui ont eu lieu dans 24 municipalités de partout au Québec. Question de faire un premier bilan de la politique entrée en vigueur en 2002 et de savoir quelles sont les attentes pour la seconde phase prévue pour le mois d'avril l'an prochain, Québec MUNICIPAL s'est entretenu avec le président de Solidarité rurale, Jacques Proulx.

Entrevue réalisée par Dany Rousseau, rédacteur de Québec MUNICIPAL




Québec MUNICIPAL Quels ont été les commentaires des gens que vous avez rencontrés à l'égard de la Politique nationale de la ruralité?

Jacques Proulx Les commentaires étaient très positifs. De toute ma vie, je n'ai jamais vu une politique qui fait l'unanimité comme celle-là.


QM Quel est l'élément de la politique qui semble être le plus apprécié?

JP Je dirais que c'est sa grande flexibilité. Le fait qu'il n'y avait aucune norme, cela a véritablement permis aux communautés de réaliser leurs propres projets.


QM Pouvez-vous nous donner des exemples de projets qui ont été réalisés?

JP Ce sont des projets novateurs développés par les communautés. Il peut s'agir à la fois de projets aussi diversifiés que des pistes cyclables, des patinoires, des aménagements qui permettent la mise en valeur de sites naturels, ou encore des mesures d'aide à des petites entreprises.


QM Ces projets ont-ils vraiment un impact important pour les milieux ruraux?

JP Les 3000 projets réalisés jusqu'à maintenant se sont traduits par la création de 5100 emplois ainsi que par des retombées estimées à plus de 400 millions $. Et ce n'est pas fini, car les 90 millions $ accordés dans le cadre de la Politique nationale de la ruralité sont loin d'avoir été entièrement dépensés. Cela veut donc dire que des projets vont encore s'ajouter, avec de nouvelles créations d'emplois et des retombées économiques additionnelles.


QM Cela a-t-il aussi permis de mobiliser les gens?

JP C'est un autre aspect intéressant de la politique. Elle a permis de mobiliser les communautés et d'amener à s'impliquer des personnes qui avaient décroché depuis fort longtemps. Pas moins de 2600 citoyens provenant de tous les milieux ont participé aux comités de relance ou aux tables sectorielles. Cela s'est même fait ressentir lors des élections municipales de novembre dernier, alors que beaucoup de changements sont survenus et qu'une bonne partie des nouveaux élus sont des gens qui ont d'abord commencé à s'impliquer dans le cadre la Politique nationale de la ruralité.


QM Lors de ces élections, le taux de participation a été plus élevé en région que dans les milieux urbains. Iriez-vous jusqu'à dire que c'est une conséquence de la Politique nationale de la ruralité?

JP C'est en tout cas ce que les gens nous disent. Plusieurs personnes m'ont affirmé qu'elles ont commencé à s'intéresser à la politique locale après s'être impliquées dans la politique. D'autres ont même décidé de faire un pas supplémentaire en tentant de se faire élire.


QM Et en ce qui concerne l'exode des jeunes, croyez-vous que la politique permet de contrer au moins en partie ce phénomène?

JP Je crois que oui. Au cours des dernières années, plusieurs études ont attesté que 60 % des jeunes sont intéressés à vivre en région. Pour que cela se traduise dans les faits par des installations en région, il faut toutefois que des mesures « facilitantes » soient mises en place. Il n'y a aucun jeune qui, du jour au lendemain, va libérer son logement en ville, puis quitter son emploi pour tenter sa chance s'il n'y a rien qui l'attend en région. Ce qu'il faut, c'est d'offrir aux jeunes une occasion sans trop d'engagement, comme on le fait présentement avec nos séjours exploratoires.


QM Estimez-vous que le monde municipal a bien su jouer son rôle dans la mise en oeuvre de la politique?

JP Le rôle des intervenants municipaux était avant tout de créer un environnement favorable à l'appropriation de la politique par les communautés et globalement, je crois que c'est ce qu'ils ont fait. Ils ont respecté le fait que c'était d'abord une politique faite par et pour les communautés.


QM De quoi sera faite la seconde phase de la politique qui est prévue le 1er avril 2007?

JP Suite aux échanges que nous avons eus avec les communautés, je peux déjà vous dire que la prochaine politique devra être plus agressive. La première phase était très bien. Il fallait réanimer les milieux, donner aux communautés le goût de s'investir, et c'est ce qui a été fait. Ce serait toutefois une erreur d'en rester là. Pour le moment, il m'est impossible de chiffrer nos demandes, mais il est certain que nous aurons besoin de beaucoup plus que 90 millions $. Suite à l'enthousiasme qui s'est développé, il va y avoir de plus en plus de projets à réaliser. Ce qu'il faut, c'est continuer sur cet élan.


QM Êtes-vous optimiste pour les négociations à venir avec le gouvernement?

JP Oui. Devant l'engouement et les résultats que nous avons obtenus, je me dis que le gouvernement n'aura pas d'autre choix que de nous écouter. Le premier ministre Jean Charest s'est d'ailleurs engagé à conclure une entente d'ici la fin de l'année dans ce dossier. Sachant tous les dédales par lesquels il faut passer, je vous dirais que nous n'aurons pas trop de temps pour y arriver.



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