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Entrevue

Des initiatives pour contrer l'exode des jeunes

Avec Gino Reeves, directeur général de Place aux jeunes du Québec

L'exode des jeunes est un sujet qui suscite énormément d'inquiétude dans les régions du Québec. Et pour cause, puisque chaque année ce sont pas moins de 84 000 jeunes qui migrent des milieux ruraux vers les grands centres. Tout n'est toutefois pas négatif pour autant. Ainsi, des études successives de l'INRS, du Conseil permanent de la jeunesse et de l'Observatoire jeunes et société ont démontré qu'une majorité de jeunes se disent toujours intéressés à vivre en région. Quel est l'état actuel de la situation? Comment faire pour que l'intérêt manifesté se traduise dans les faits par l'injection de sang neuf dans les régions? C'est pour tenter de répondre à ces questions que Québec MUNICIPAL s'est entretenu avec Gino Reeves, directeur général de Place aux jeunes du Québec. Exemples à l'appui, celui-ci fait valoir qu'il est toujours possible pour les régions d'intervenir pour amener davantage de jeunes à s'installer sur leur territoire.

Entrevue réalisée par Dany Rousseau, rédacteur de Québec MUNICIPAL




Québec MUNICIPAL En quoi consiste votre organisation?

Gino Reeves Place aux jeunes a vu le jour en 1990 afin de contrer le phénomène de l'exode des jeunes. Au départ, il s'agissait d'un projet pilote mis en place dans trois régions : Chibougamau-Chapais, Charlevoix et Matapédia. Nous visions surtout les jeunes qui quittaient leur région pour poursuivre leurs études. Avec le temps, nous avons toutefois élargi notre mission, de sorte que nous nous adressons aussi aux jeunes urbains et aux jeunes immigrants qui pourraient être intéressés à s'établir en région.


QM Comment votre présence se traduit-elle en région?

GR Nous couvrons actuellement 70 MRC au Québec. Nous finançons des organisations « jeunesse », dont des carrefours jeunesse-emploi (CJE), à qui nous demandons d'embaucher une personne pour agir à titre d'agent de migration. Je comparerais le rôle de ce dernier à celui d'un agent de développement industriel. Si les municipalités et MRC ont besoin d'une ressource pour remplir le parc industriel, il m'apparaît évident que les régions ont aussi besoin d'un agent qui travaille avec les jeunes à distance. Celui-ci organise, entre autres, des séjours exploratoires au cours desquels des jeunes, qui sont diplômés ou sur le point de l'être, sont invités à venir découvrir ou redécouvrir la région. Ces séjours, qui ont lieu durant trois fins de semaine consécutives en janvier, février et mars, sont une occasion pour les jeunes de visiter des entreprises, de rencontrer des entrepreneurs et de développer un réseau de contacts.


QM Et ça fonctionne?

GR Très bien. Les deux tiers des personnes qui participent à nos séjours exploratoires s'établissent en région dans les années qui suivent.»


QM Comment vous y prenez-vous?

GR Notre campagne promotionnelle a lieu surtout à Montréal et dans les autres centres urbains. Nous allons dans les cégeps, les universités et les CJE. Nous faisons aussi campagne dans les transports en commun et à la radio. Nous déployons également des efforts en région. Dans les villages, même le curé parle de nos séjours exploratoires pendant la messe de minuit. C'est le moment idéal, comme la plupart des jeunes retournent en région pendant la période des fêtes. Et même si les jeunes ne sont pas tous présents à la messe, il y a de fortes chances pour que des parents qui ont entendu le message leur en parlent.


QM Quelles sont les autres activités qui sont organisées?

GR De plus en plus, nous cherchons à contacter les jeunes avant leur départ. Nos agents vont maintenant dans les écoles secondaires pour rencontrer et recenser les jeunes qui s'apprêtent à partir. Ils leur offrent la possibilité de recevoir notre cyberbulletin en s'inscrivant à notre site www.accrodesregions.qc.ca. Ainsi, ils pourront recevoir par courriel chaque semaine un résumé des offres d'emploi, ainsi que des activités sociales, sportives et culturelles. De cette façon, on s'assure que les jeunes gardent contact avec leur région tout au long de leurs études. Les résultats sont excellents. Actuellement, on compte 18 000 jeunes qui sont pour la plupart établis en ville, mais qui se sont abonnés au cyberbulletin et ont donc manifesté leur intérêt à venir vivre en région.


QM Est-il vraiment nécessaire d'intervenir de la sorte auprès des jeunes?

GR Je crois que oui. Au cours des dernières années, plusieurs études ont attesté que 60 % des jeunes sont intéressés à vivre en région. Pour que cela se traduise dans les faits par des installations en région, il faut toutefois que des mesures « facilitantes » soient mises en place. Il n'y a aucun jeune qui, du jour au lendemain, va libérer son logement en ville, puis quitter son emploi pour tenter sa chance s'il n'y a rien qui l'attend en région. Ce qu'il faut, c'est d'offrir aux jeunes une occasion sans trop d'engagement, comme on le fait présentement avec nos séjours exploratoires.


QM Pouvez-vous nous donner des exemples concrets de réussite?

GR Je pourrais vous en citer plusieurs. L'an dernier, l'initiative Des Romains chez les Gaulois a permis à de jeunes urbains et de jeunes immigrants de vivre une immersion de six mois au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Cela a très bien marché de sorte qu'aujourd'hui, des jeunes originaires de Montréal et du Maroc sont devenus des « bleuets d'adoption ».


QM Jusqu'à quel point l'exode des jeunes représente-t-il un enjeu préoccupant pour les régions du Québec?

GR C'est vraiment très préoccupant. Parmi les jeunes qui partent, c'est vrai qu'il y en a qui reviennent. Malheureusement, ils ne le font pas en nombre suffisant, ce qui a des impacts importants. Actuellement, il y a même des entreprises qui remettent en question des agrandissements en région parce qu'elles n'arrivent pas à trouver les ressources dont elles ont besoin pour combler des emplois.


QM Pour une région, quelles sont les conséquences liées au fait de perdre ses jeunes?

GR J'aimerais que l'on puisse calculer ce que coûte socialement un départ, puis ce que vaut un retour. Je pense, par exemple, à des situations où la population ne justifie plus la desserte de certains services, comme un CLSC, une école ou encore la présence d'une institution financière. Il ne faut pas oublier que tout cela a un effet d'entraînement. Quand des jeunes s'installent en ville, il n'est pas rare de voir les parents les suivre peu de temps après.


QM La situation tend-t-elle à s'améliorer ou à se détériorer ces dernières années?

GR Les choses semblent s'améliorer depuis les quatre dernières années et j'aime croire que nos interventions y sont pour quelque chose. Je regarde, par exemple, la MRC de Rouyn-Noranda qui affiche maintenant un solde migratoire positif pour la tranche d'âge de 15 à 34 (gain de 0,38 % en 2004-2005). Ce résultat ne me surprend pas, car il s'agit d'un endroit où l'on retrouve une grande concertation entre les acteurs du milieu.


QM Quel rôle les élus municipaux peuvent-ils jouer pour aider à contrer l'exode des jeunes?

GR Le palier municipal est certainement le niveau de gouvernement le plus près des gens. En conséquence, c'est celui qui est le plus susceptible de constater les effets du départ des jeunes et les bénéfices liés à leur retour. Préparons leur simplement le terrain et ils prendront leur place! C'est important, car les élus sont certainement les mieux placés pour mobiliser leur population autour de projets visant le retour, l'établissement et le maintien des jeunes en région.



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