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Entrevue

Avec Gilbert Pigeon, maire de Saint-Eugène-de-Ladrière

La petite municipalité de Saint-Eugène-de-Ladrière, dans la MRC Rimouski-Neigette, a initié une démarche visant à exploiter elle-même l'énergie éolienne sur son territoire. Refusant d'être à la remorque de promoteurs privés, son maire, Gilbert Pigeon, rêve depuis cinq ans de développer un projet qui permettrait à la communauté de bénéficier pleinement des retombées de cette énergie verte. La municipalité vient d'ériger une tour anémométrique pour mesurer le potentiel éolien dans le secteur, bénéficiant d'une entente de service négociée par la FQM avec la société Groupe Ohmega. Celle-ci fournit, moyennant un montant forfaitaire de 15 000 $, tout le matériel nécessaire à l'évaluation des vents. Le maire Pigeon raconte la démarche qui l'a conduit, sa municipalité puis la MRC, à cette étape.

Entrevue réalisée par Robert Lefebvre, rédacteur en chef de Québec MUNICIPAL




Québec MUNICIPAL Depuis quand entretenez-vous ce projet d'exploiter l'énergie éolienne au profit de votre communauté?

Gilbert Pigeon L'idée me trotte dans la tête depuis 2001. J'en avais discuté avec le maire de Saint-Fabien. On voulait faire faire une étude des vents et partir un projet communautaire avec deux autres municipalités. Mais on a rencontré plusieurs obstacles et finalement le projet n'a pas démarré.


QM Mais vous n'avez pas abandonné l'idée pour autant?

GP Non, en 2003, une compagnie espagnole s'était montrée intéressée à notre secteur. Elle a fait des études et «claimé» plusieurs terrains. Puis les Espagnols se sont retirés quand Hydro-Québec a fait savoir que son appel d'offres ne couvrirait que les secteurs de Matane, de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine. En 2005, ils se sont déplacés vers ces régions en abandonnant les droits qu'ils avaient acquis sur nos terrains.


QM Et quelle fut votre réaction alors?

GP Je savais qu'il y avait un bon potentiel pour notre secteur. Nous n'avions pas accès aux études de vents réalisées par la compagnie et il fallait donc procéder nous-mêmes à la première étape, c'est-à-dire les études de vent préliminaires. La municipalité de Saint-Eugène-de-Ladrière a décidé d'aller de l'avant et avec l'aide financière de la Caisse populaire et en puisant dans l'argent du pacte rural, nous avons érigé une tour de 10 mètres. Cela a coûté 21 000 $ mais nous avons eu la confirmation qu'il existait un réel potentiel. Il restait alors à valider toutes les données avec un équipement plus sophistiqué.


QM Où en êtes-vous maintenant dans la démarche?

GP La Municipalité de Saint-Eugène et la MRC Rimouski-Neigette ont décidé de franchir l'étape suivante en se prévalant de l'entente conclue entre la Fédération Québécoise des Municipalités et le Groupe Ohmega. Il fallait d'abord obtenir l'autorisation de Navigation Canada (NAV Canada) pour ériger une tour de 60 mètres. L'autorisation est venue le 13 janvier dernier et nous avons érigé la tour le 21 janvier. Nous avons même ajouté deux anémomètres à ceux qui étaient prévus afin d'obtenir des précisions additionnelles, ainsi qu'un téléphone cellulaire pour pouvoir consulter les données à distance. Les données rentrent à tous les jours et jusqu'à maintenant, elles sont très, très bonnes. Mais il faut poursuivre l'étude pendant au moins huit mois pour pouvoir conclure.


QM Quel rôle joue la MRC dans ce dossier?

GP Il faut préciser que c'est la MRC Rimouski-Neigette qui a payé et qui est propriétaire de la tour maintenant que la Municipalité lui a transféré tout le dossier. Comme les démarches avaient été initiées par la Municipalité, il était plus simple d'obtenir les autorisations et de signer les ententes pour et au nom de la Municipalité. Mais tout le travail a été fait avec la collaboration de la MRC. Donc, les revenus seront partagés entre toutes les municipalités de la MRC.


QM Avez-vous déterminé le mode de gestion de vos futures éoliennes?
ST Nous avons déjà deux offres sur la table du conseil des maires. Une première nous vient d'une compagnie qui propose de nous payer une redevance sur les bénéfices pour les kilowatts vendus. Nous avons aussi une offre d'une autre société privée, et celle-ci nous paraît plus intéressante. On recevrait 100 % des revenus générés par nos éoliennes qui seraient intégrées au parc de ce promoteur. Par exemple, si on est propriétaire de 10 % de ce parc, on toucherait les revenus de 10 % des éoliennes en fonction.


QM Quels sont les avantages d'intégrer vos éoliennes à celles d'un promoteur privé?

GP Cette formule permet de partager les frais. Par exemple si on n'est pas retenu dans les appels d'offres, si on a 10 % dans le parc, on perd seulement 10 % et non 100 % des frais. Et si une éolienne tombe en panne, c'est le promoteur, qui sera responsable de la gestion du parc, qui interviendra beaucoup plus rapidement que la MRC ou la municipalité. Si on y va seul, comme projet communautaire, ça implique aussi de se brancher aux lignes, faire les études d'impact environnementales, tout cela coûte cher, et ça nous enlève la capacité de concurrencer les gros promoteurs privés quand vient le temps de présenter une soumission.


QM Quand verrons-nous tourner des éoliennes dans votre région?

GP Il reste encore plusieurs étapes à franchir. Si tous les résultats sont favorables, il faudra se conformer aux délais du présent appel d'offres d'Hydro-Québec qui recevra les soumissions jusqu'en avril 2007. Il faut aussi considérer les études d'impact environnemental et la durée de construction des éoliennes. On parle de quelques années au moins. Dans notre cas, il ne semble pas y avoir de problèmes environnementaux majeurs car nous ne sommes pas dans le trajet des oiseaux migrateurs et nous sommes en retrait de la route 132.


QM L'initiative de votre municipalité a-t-elle entraîné d'autres projets dans l'est du Québec?

GP Je sais que la MRC des Basques a signé une entente avec un promoteur privé et qu'un projet communautaire est avancé dans la MRC du Témiscouata. On sait aussi qu'une coopérative a été constituée dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean pour démarrer un projet éolien. Évidemment, ça va faire boule neige.


QM L'avenir vous semble donc prometteur en ce qui a trait à l'implication des municipalités?

GP Sans aucun doute. C'est certain qu'il y aura plus de retombées dans les régions si les élus se prennent en main et démarrent des projets communautaires. Beaucoup d'entreprises privées sont actives dans ce domaine et si on veut démarrer des projets communautaires plus axés sur des investissements locaux, il faut que les organismes locaux s'impliquent davantage. Les institutions financières, pour leur part, n'hésitent pas à prêter quand ils constatent que les vents sont propices. Il faut faire les premiers pas car une fois que l'entreprise privée a réalisé une étude et qu'elle a «claimé» les terrains, on ne peut plus rien faire.



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