Ressources forestières : la Côte-Nord veut être maître de son destin
Avec Georges-Henri Gagné, préfet de la MRC de Manicouagan
En annonçant son intention de prendre tous les moyens nécessaires en vue d'assurer elle-même la gestion de ses ressources forestières, la Conférence régionale des élus de la Côte-Nord vient de lancer un sérieux coup de semonce au gouvernement. Déçus par le peu de progrès enregistré au chapitre de la décentralisation, les élus se disent même prêts à se faire délinquants afin de permettre à la région de se prendre en main. Jusqu'où les Nord-Côtois sont-ils prêts à aller? Quels sont les moyens qui seront mis de l'avant? Québec MUNICIPAL s'est entretenu de ces questions avec le préfet de la MRC de Manicouagan, Georges-Henri Gagné.
Entrevue réalisée par Dany Rousseau, rédacteur de Québec MUNICIPAL
| Québec MUNICIPAL |
Comment votre région en est-elle venue à entreprendre une action aussi radicale?
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| Georges-Henri Gagné |
Cela fait suite au forum «Pour une Côte-Nord tournée vers le monde» qui a eu lieu en septembre. Organisé par la Conférence régionale des élus, cet événement a regroupé plus de 120 personnes provenant de l'ensemble du territoire et de tous les secteurs d'activité : grande entreprise, PME, éducation, santé, femmes, jeunes, élus provinciaux, fédéraux et municipaux, etc. L'objectif était de faire le point sur le développement de la Côte-Nord. C'est à cette occasion que j'ai moi-même présenté une résolution à l'effet que la région devait se prendre en main en rapatriant la gestion et les redevances de la forêt. |
| QM |
Pourquoi avez-vous présenté une proposition aussi «musclée»?
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| GHG |
C'est qu'actuellement nous avons peine à voir la lumière au bout du tunnel. La Côte-Nord est une immense région qui compte 1300 kilomètres de côtes pour moins de 100 000 habitants. C'est aussi une région ressource, responsable de 30 % de la production québécoise d'aluminium, de 30 % de la production d'électricité, de 15 % de la production forestière et de 36 % des expéditions de minerais. En fait, elle est un peu comme un gigantesque garde-manger où tout le monde vient piger. Or, même si nous ne cessons de revendiquer, il ne nous reste que des miettes quand tous ont fini de se servir.
Il faut se rappeler que cela fait 25 ans que nous parlons de décentralisation. Au cours des dernières années, nous avons déposé plusieurs recommandations lors du sommet des régions, en 2002, ou encore dans le cadre de la Commission sur la maximisation des retombées économiques dans les régions ressources, en 2003. Le gouvernement n'a jamais donné suite à nos propositions. Comme les moyens légaux ne mènent à rien, nous en sommes venus à la conclusion qu'il fallait forcer les choses, quitte à devenir déliquants. Nous en sommes rendus là!
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| QM |
Votre action vise d'abord la ressource forestière. Pourquoi?
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| GHG |
Il fallait bien commencer quelque part. Nous entendons prendre en main l'ensemble des interventions en ce qui concerne la foresterie. Nous allons prélever des redevances auprès des entreprises, émettre des permis, faire de l'aménagement forestier, etc. De plus, nous estimons que la réduction de 20 % de la possibilité forestière, annoncée dans la foulée de la Commission Coulombe, a été faite sans analyse et sans tenir compte des différences régionales. Sur la Côte-Nord, plus de 50 % de la forêt est arrivée à maturité. Le fait de ne pas l'exploiter représente du gaspillage pur et simple! Le seul problème que nous avons, c'est que les routes actuelles donnent pas un plein accès à la ressource. Nous voulons donc en aménager de nouvelles pour permettre aux scieries de fonctionner, mais aussi pour développer les pourvoiries et les activités de villégiature. |
| QM |
Quelles sont les actions qui ont été entreprises jusqu'à maintenant?
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| GHG |
Nous avons embauché un avocat pour nous guider dans notre façon de faire. Nous avons aussi engagé un ingénieur forestier et nous évaluons la possibilité d'aller chercher une personne retraitée du ministère des Ressources naturelles qui nous accompagnerait dans nos démarches. |
| QM |
Quelle a été la réaction de la population?
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| GHG |
C'est à peine croyable! Le jour où nous avons annoncé notre volonté de nous prendre en main, la population de l'ensemble de la Côte-Nord a poussé un immense cri du coeur. Encore maintenant, les gens ne cessent de nous dire à quel point ils sont contents de notre décision. |
| QM |
Quelle a été la réaction des industries et des autochtones?
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| GHG |
Les entreprises comme les autochtones appuient notre démarche. Les industriels forestiers nous disent qu'ils ne pourront pas travailler dans l'illégalité. Par contre, si nous pouvons les assurer que le processus est légal, ils vont embarquer dans l'aventure. Ils ne voient aucune différence entre payer les redevances à la région ou au gouvernement. |
| QM |
Croyez-vous que d‘autres régions pourraient suivre votre exemple ?
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| GHG |
Je pense que oui. À Saguenay, par exemple, il y a un référendum qui va se tenir sur cette question, le 6 novembre, en même temps que l'élection municipale. À mon avis, c'est un mouvement que le gouvernement aura de la difficulté à arrêter. |
| QM |
Comment le gouvernement a-t-il réagi à votre initiative?
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| GHG |
Sur le coup, c'est certain que le ministre des Ressources naturelles, Pierre Corbeil, n'a pas semblé apprécié. Malgré cela, il a dit comprendre la situation à laquelle est confrontée à la Côte-Nord. |
| QM |
Avez-vous l'intention d'agir de la même façon dans les secteur hydroélectriques et miniers?
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| GHG |
Oui. Nous allons nous faire la main en gérant nous-mêmes la ressource forestière, puis nous allons aussi réclamer ce qui nous est dû dans ces autres secteurs d'activités. |
| QM |
La MRC de Manicouagan a obtenu récemment des redevances importances suite à la construction d'une centrale hydroélectrique sur la rivière Tounulstouc. Est-ce le genre de partenariat que vous souhaitez développer avec le gouvernement?
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| GHG |
C'est un début. La MRC a obtenu une rétribution de 13 millions $ pour ce projet de près de 2 milliards $ négocié directement avec Hydro-Québec. Il s'agit d'un montant important qui n'est malheureusement pas récurrent. De plus, comme Hydro-Québec ne paie pas de taxes municipales sur ses installations, la région ne touche plus rien une fois que la construction du barrage est complétée. |
| QM |
Quelles sont les prochaines actions qui seront entreprises?
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| GHG |
Nous souhaitons débuter d'ici quelques semaines les négociations avec le gouvernement en vue de réaliser le transfert de la gestion et des redevances forestières. Nous sommes en train de mettre en place notre stratégie à cet effet. |
| QM |
Qu'allez-vous faire si le gouvernement annonce des mesures d'atténuations satisfaisantes pour les régions touchées par la réduction de 20 % de la possibilité forestière?
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| GHG |
Si ces mesures d'atténuation vont dans le sens de nos demandes, nous allons les prendre et entamer les démarches pour obtenir la même chose en ce qui concerne nos autres ressources. |
| QM |
Est-ce vraiment ce qui va se produire?
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| GHG |
Le gouvernement nous envoie actuellement un signal à l'effet qu'il est bel et bien sensible à nos revendications. Si les mesures d'atténuation ne vont assez loin, il est très clair que nous allons poursuivre notre démarche. |