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Entrevue

Des régions à représenter

Avec Michel Belzil, président de la FQM

Après avoir conduit plusieurs dossiers marquants pour le monde municipal, comme les représentations en vue de l'adoption de la Politique nationale de la ruralité et la mise sur pied de la Mutuelle des municipalités du Québec, Michel Belzil s'apprête à quitter la politique active. Le prochain congrès, qui aura lieu du 29 septembre au 1er octobre, sera son dernier à la présidence de la Fédération québécoise des municipalités. À la demande de Québec MUNICIPAL, il a accepté de dresser un bilan de ses quatre années passées à la tête de l'organisme.

Entrevue réalisée par Dany Rousseau, rédacteur de Québec MUNICIPAL




Québec MUNICIPAL Quelle est la réalisation dont vous êtes le plus fier?

Michel Belzil C'est sans doute la Politique nationale de la ruralité. Il s'agit d'un dossier qui piétinait avant mon arrivée à la présidence de la FQM. L'adoption de cette politique constitue l'un des rares gestes qui a été posé en faveur de la décentralisation. Le gouvernement a ainsi reconnu le fait que les milieux ruraux contribuent pleinement au développement du Québec. Au-delà des principes et des voeux pieux, cela s'est traduit concrètement par la conclusion des pactes ruraux.


QM Reste-t-il encore des points à améliorer?

MB Bien sûre. Les ministères sont loin d'avoir tous intégré la politique nationale de la ruralité et je crois qu'il va falloir travailler là-dessus dans les années à venir. Si l'on intensifie les démarches, cela pourrait être fait dans le cadre de la seconde phase de la politique.


QM Quels sont les autres dossiers qui ont évolué positivement?

MB Nous avons obtenu un gain important avec le partage des revenus de la taxe fédérale d'accise sur l'essence. Au départ, il était question que cela ne profite qu'aux 10 ou 20 plus grandes villes au pays. Ottawa a finalement décidé de repartir les fonds entre l'ensemble des municipalités et l'implication de la FQM y a sûrement été pour quelque chose. C'est nous qui avons obtenu qu'un montant de base soit alloué à toutes les petites municipalités.

Je crois aussi que la FQM a gagné en crédibilité au cours des dernières années. Cela tient au fait que nous avons su nous positionner comme le représentant, non pas seulement des MRC et des petites municipalités, mais aussi de l'ensemble des régions du Québec. Nous sommes maintenant un interlocuteur incontournable pour le gouvernement et les médias nous interpellent régulièrement.


QM Vous avez aussi piloté le dossier de la création de la Mutuelle des municipalités du Québec. Comment vous y êtes-vous pris?

MB Nous avons été interpellés par nos municipalités membres qui étaient aux prises avec une forte poussée inflationniste de leurs coûts d'assurance. C'est ce qui nous a amené à entreprendre une première tournée des régions du Québec. À ce moment, notre objectif n'était toutefois pas de créer une mutuelle d'assurance, mais seulement de discuter de ce qui n'allait pas. Ce n'est que lorsque nous avons constaté l'ampleur des besoins des municipalités que nous nous sommes dit qu'il fallait absolument faire quelque chose. La mise sur pied de la MMQ a nécessité deux années de travail, mais cela a vraiment valu la peine. Aujourd'hui, on compte plus de 800 municipalités membres. L'ensemble du monde municipal peut être fier de cette réussite.


QM D'autres dossiers n'ont toutefois pas évolué de la même façon. C'est le cas, par exemple, de celui de l'élection du préfet au suffrage universel. Pouvez-vous nous en parler?

MB Il est vrai que nous n'avons pas obtenu les résultats escomptés de ce côté. À mon avis, cela tient au fait que les élus doivent statuer sur leur propre situation politique. Il y a aussi les caucus des députés qui nous ont mis des bâtons dans les roues parce qu'ils craignaient que les préfets élus ne leur fassent de la concurrence. Je n'ai jamais été d'accord avec cette façon de voir les choses. Il me semble que les régions au Québec n'en ont pas trop de deux ou trois élus pour faire valoir leur point de vue. C'est quand même un dossier qui mériterait d'être repris autrement en incluant dans les discussions des citoyens et d'autres groupes. Ainsi, on éviterait de n'avoir affaire qu'à des gens qui n'évaluent la question qu'en fonction de leur intérêt personnel.


QM Que se passe-t-il avec le projet de loi cadre sur la décentralisation?

MB L'arrivée au pouvoir du gouvernement libéral, il y a deux ans, a créé beaucoup d'attentes en ce qui concerne cette question de la décentralisation des pouvoirs vers les régions. Jean Charest a pris plusieurs engagements lors de la campagne électorale. C'est pourquoi nous sommes très déçus de voir que le dossier n'avance pas du tout. En avril dernier, nous avons déposé une proposition de loi qui viendrait encadrer les démarches à venir en matière de décentralisation. Or, le gouvernement n'a même pas encore daigné répondre à cette proposition!


QM Comment se déroulent les négociations en vue de la conclusion d'un nouveau pacte fiscal ?

MB Tant que le gouvernement n'acceptera pas d'injecter de l'argent neuf, ce dossier n'avancera pas. Québec parle maintenant de reconduire purement et simplement l'ancien pacte. À mon avis, ce serait une catastrophe. Ce pacte avantage beaucoup trop les grandes villes. Nous avons plusieurs demandes qui doivent être entendues, notamment, en ce qui concerne la bonification de la péréquation et les redevances sur les ressources naturelles. Il y a aussi la question des en lieu de taxe sur les terres publiques. Nous n'accepterons pas que les paiements de taxes sur les hôpitaux et les écoles augmentent et que la même chose ne se produise pas pour les terres publiques.


QM Allez-vous quitter vos fonctions tout de suite après le congrès?

MB Non. Pour assurer une meilleure transition, on m'a demandé de rester en poste jusqu'au début de l'année prochaine. De cette façon, mon successeur ne sera désigné qu'après les élections de novembre prochain.


QM Abandonnez-vous la politique municipale ?

MB Tout à fait. Je ne vais pas me représenter ni à la mairie de Barnston-Ouest, ni à la préfecture de Coaticook. Le temps est venu pour moi de passer à autre chose.


QM Comment entrevoyez-vous l'avenir pour la FQM ?

MB Très positivement. Plusieurs projets sont déjà bien avancés. Même les dossiers plus difficiles dont nous venons de parler, je crois qu'il y aura toujours moyen de les relancer. Je ne perçois toutefois aucun moment de répit.



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