Sept-Îles veut réduire le volume des déchets
avec une nouvelle technologie
Avec Michel Tardif, ingénieur
Sept-Îles réalise actuellement une expérience qui constitue une première au Canada en matière d'environnement. La Ville met à l'essai une nouvelle technologie permettant de composter les déchets, en prenant toutefois le risque calculé de ne faire aucun tri. L'objectif est de réduire le volume des matières résiduelles et de prolonger la durée de vie du lieu d'enfouissement local. Québec MUNICIPAL s'est entretenu avec Michel Tardif, ingénieur à la Ville de Sept-Îles.
Entrevue réalisée par Dany Rousseau, rédacteur de Québec MUNICIPAL
| Québec MUNICIPAL |
Comment vous est venue l'idée de vous lancer dans une telle expérience?
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| Michel Tardif |
En octobre 2004, nous avons commencé à exploiter un nouveau lieu d'enfouissement technique muni de cellules étanches. En tout, nous avons construit quatre cellules étanches qui devaient durer environ cinq ans. Or, dès ce printemps, nous nous sommes rendus compte que la première cellule se remplissait à vue d'oeil et que les prévisions étaient peut-être trop optimistes. Il y a différentes raisons qui peuvent expliquer cette situation, dont la construction de l'aluminerie Alouette, le plus important chantier au Québec. Malgré cela, il nous a semblé que les choses allaient beaucoup trop vite et qu'il nous fallait trouver des solutions pour réduire le volume de déchets à enfouir afin de rencontrer les objectifs de notre plan de gestion des matières résiduelles.
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| QM |
Pourquoi avez-vous choisi le compostage?
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| MT |
Il y a quelques mois, nous avons été approchés par la compagnie Doppstadt Canada dont l'origine est allemande. Cette dernière conçoit des broyeurs à déchets qui permettent de réduire pratiquement n'importe quel déchet en un résidu ne mesurant que quatre pouces de diamètre. Nous avons donc loué cet équipement afin de le mettre à l'essai pendant une dizaine de jours.
Or, c'est justement à ce moment qu'une autre entreprise, l'américaine Ag-Bag Environmental, nous a proposé de tester, pour la première fois au Canada, sa machine à compostage. Pour utiliser cette technologie, appelée ÉcoPOD, il faut d'abord broyer les déchets. Il a donc fallu se décider rapidement, mais nous nous sommes dits que nous ne pouvions laisser passer une telle occasion. |
| QM |
Comment vous y êtes-vous pris pour appliquer cette technologie?
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| MT |
Nous avons rempli deux sacs de cinq pieds de diamètre par 200 pieds de long. Dans le premier, nous avons mis des déchets datant de plus d'une dizaine d'années pigés à même notre ancien site d'enfouissement. Dans l'autre sac, nous avons placé des déchets récents. Suite aux recommandations d'un spécialiste de la compagnie américaine, nous avons aussi ajouté, dans les deux cas, des boues de fosses sceptiques, des déchets de poissons et des rejets des épiceries. À la fin de l'expérience, nous allons ouvrir les sacs afin d'en connaître le contenu. Je m'attends évidemment à retrouver davantage de compost dans celui où nous avions placé de vieux déchets déjà en partie décomposés. |
| QM |
Y a-t-il eu un tri des matières résiduelles?
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| MT |
Aucun tri n'a pu être fait. Pour effectuer un tri, il nous aurait fallu pouvoir compter sur une main-d'oeuvre que nous n'avions pas, afin d'ouvrir et de trier les déchets avant l'ensachage. De plus, il nous fallait agir rapidement. Notre but est avant tout de faire une expérience et de savoir si cette technologie donne des résultats dans les pires conditions imaginables. Si c'est le cas, cela voudra dire qu'elle fonctionnera dans de meilleures conditions, c'est-à-dire en n'ensachant que des matières putrescibles.
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| QM |
Vous êtes donc conscients de prendre un risque?
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| MT |
Tout à fait. Nous savons pertinemment que certains déchets ne se décomposeront pas, comme les matières dangereuses, les batteries, etc. |
| QM |
Comment fonctionne exactement la technologie de compostage?
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| MT |
C'est un peu comme un gros sac de poubelle vert qui se déroule par lui-même. Il faut le remplir par le dessus en utilisant un chargeur ou une pelle hydraulique. Par la suite, il y a un piston qui pousse les déchets vers le sac. Comme la machine est sur roues, elle avance toute seule sur 200 pieds de long afin de se remplir. Dans chaque sac, il y a 13 endroits où l'on peut introduire un thermomètre pour connaître la température interne des «boudins». Une température élevée (supérieure à 100° F) signifie qu'il y a réaction chimique, ce qui est normal. |
| QM |
Quand aurez-vous les résultats?
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| MT |
Il faut compter de dix à douze semaines pour que le compostage se fasse, ce qui signifie qu'il va nous falloir patienter jusqu'à la fin de l'été. Les premiers relevés de température que nous avons effectués semblent très positifs. Le spécialiste de la compagnie Ag-Bag Environmental qui est venu nous prêter main-forte s'est même dit surpris de la chaleur obtenue, considérant les conditions dans lesquelles cette expérience s'est déroulée. |
| QM |
Qu'allez-vous faire quand l'expérience sera terminée?
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| MT |
Nous allons faire analyser le compost par un laboratoire afin de connaître sa teneur en toxines. |
| QM |
Avez-vous l'intention de vendre le compost obtenu par votre expérience?
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| MT |
Pas du tout. Nous allons nous en servir comme matériel de recouvrement sur l'ancien site d'enfouissement.
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| QM |
Si les résultats sont concluants, quelle suite entendez-vous donner à ce projet?
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| MT |
Si cela fonctionne vraiment, nous pourrions alors utiliser systématiquement le broyage dans notre pratique d'enfouissement des matières résiduelles. D'ici un an ou deux, nous pourrions faire de même avec le compostage en procédant toutefois de façon ordonnée en triant les déchets putrescibles avant de les ensacher.
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| QM |
Combien la Ville a-t-elle investi dans cette expérience?
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| MT |
Cet essai ne nous coûte que 15 000 $, incluant la machine de compostage, le broyeur à déchets, la pelle hydraulique, le chargeur et la main-d'oeuvre spécialisée. À titre d'information, les coûts d'achat pour le broyeur et la machine à compost sont respectivement de 550 000 $ et 80 000 $.
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| QM |
Un tel investissement serait-il vraiment rentable?
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| MT |
Pour le moment, je ne peux le confirmer car l'expérience n'est pas encore terminée et nous devons évaluer plusieurs paramètres. Pour ce faire, nous devrons prendre en considération nos obligations envers le plan de gestion des matières résiduelles, les coûts inhérents à l'achat et/ou à la location des équipements de broyage et de compostage, le tout mis en perspective avec les coûts liés à la construction de cellules étanches de notre lieu d'enfouissement technique. |