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Entrevue


Photo de Jean-François Rouleau
Autobus gratuit pour les étudiants : Sherbrooke innove!

Avec Jean-François Rouleau, président de la STS.

Les sociétés de transport en commun ont la vie dure actuellement au Québec. Aux prises avec des problèmes de sous-financement, plusieurs n'ont d'autre choix que d'augmenter leurs tarifs, au risque de voir diminuer l'achalandage. À l'opposé, la Société de transport de Sherbrooke permet maintenant aux étudiants de l'Université de Sherbrooke d'accéder à un service gratuit, ce qui fait que ses autobus n'ont jamais été aussi bondés. Comment un tel projet a-t-il pu voir le jour? Québec MUNICIPAL s'est entretenu avec le président de la STS, Jean-François Rouleau.


Entrevue réalisée par Dany Rousseau, rédacteur de Québec MUNICIPAL



Québec MUNICIPAL

Comment est venue cette idée d'un accès gratuit au transport en commun pour les étudiants ?

Jean-François Rouleau

C'est une initiative commune de l'Université de Sherbrooke et de la Société de transport de Sherbrooke. Personnellement, j'ai profité de certaines rencontres de l'Association canadienne des transporteurs urbains (ACTU) pour échanger avec des représentants de villes canadiennes comparables à la nôtre, comme St-Catherine's (Ontario) et Victoria (Colombie-Britannique). Ces dernières ont déjà mis en place des projets relativement similaires. L'originalité de l'expérience sherbrookoise tient toutefois au fait qu'ici, les coûts sont entièrement absorbés par l'Université. En comparaison, dans les villes mentionnées, les étudiants profitent d'un service abordable, mais ils doivent quand même défrayer une partie des coûts.




QM

Comment ce projet a-t-il été mis en place?

JFR

Il y a environ deux ans, j'ai eu des rencontres à ce sujet avec l'équipe de direction de l'Université de Sherbrooke, dont le recteur Bruno-Marie Béchard. Par la suite, des discussions ont également eu lieu à la Table Sherbrooke ville étudiante. Celle-ci a été créée par le maire Jean Perrault. On y retrouve toutes les institutions d'enseignement post-secondaire de Sherbrooke ainsi que leurs associations étudiantes. Comme M. Béchard s'est montré intéressé au point d'accepter d'absorber l'ensemble des coûts, une entente est rapidement intervenue entre l'université et la STS.




QM

C'est donc l'Université qui compense pour les pertes de revenus rencontrées par la STS ?

JFR

Exactement. L'Université paie un montant qui correspond aux revenus que la STS aurait dû toucher en droits de passage de la part des étudiants. Pour déterminer ce montant, une évaluation du marché a été effectuée et nous nous sommes mis d'accord.




QM

Avez-vous évalué d'autres options, comme la réduction du coût d'un billet à un dollar?

JFR

Nous n'avons pas eu à le faire, car le recteur Béchard était d'accord pour assumer 100 % des coûts.



QM
La gratuité pourrait-elle éventuellement être étendue aux étudiants des autres institutions d'enseignement?
JFR

Nous discutons actuellement avec les dirigeants d'autres écoles qui ont manifesté un certain intérêt. Toutefois, je ne peux pas dévoiler où les pourparlers en sont rendus.




QM

Les étudiants doivent-ils être munis d'une carte pour profiter de ce service?

JFR

Ils doivent présenter au chauffeur une carte à puce sur laquelle se retrouve le logo de la STS. Tous les étudiants à temps plein à l'Université de Sherbrooke y ont droit.







QM

Qu'est-ce qui a motivé l'Université à aller de l'avant dans un tel projet ?

JFR

L'Université était aux prises avec un problème de stationnement. Il aurait fallu qu'elle investisse bientôt pour réaliser un agrandissement. Aussi, à la STS, nous voulions assurer une plus grande fluidité de la circulation dans le secteur de l'université.




QM
Ces objectifs ont-ils été atteints ?
JFR

Tout à fait. Je n'ai pas les chiffres, mais je sais qu'à l'Université les ventes de vignettes de stationnements ont considérablement diminué, ce qui fait que le stationnement actuel suffit amplement. En tant que conseiller municipal pour le secteur de l'université, je peux aussi vous confirmer que la circulation y est beaucoup plus fluide.




QM

L'utilisation du transport en commun a-t-elle augmenté?

JFR

Le transport gratuit est offert aux étudiants depuis l'automne. Pour le moment, nous n'avons pas de résultats précis, mais nous constatons une forte augmentation de notre clientèle. Ailleurs au Canada, les gens nous avaient dit que nous pouvions nous attendre à une hausse de l'achalandage d'environ 10 %. Selon nos estimations, l'augmentation serait toutefois supérieure à 15 %. Pour faire face à la demande, il nous a fallu ajouter des autobus aux heures de pointe. Nous songeons même à acquérir prochainement d'autres véhicules.




QM

Avez-vous constaté d'autres retombées?

JFR

À notre grande surprise, l'affluence a aussi augmenté dans des secteurs relativement éloignés de l'université comme le nord de la ville. Ce qu'on pourrait appeler «l'offre de chambres et d'appartements pour étudiants» en a bénéficié sur tout le territoire. Les élèves sans automobile qui, autrefois étaient tenus de vivre dans secteur immédiat de l'université, se permettent maintenant de demeurer dans d'autres secteurs. Notre initiative a également des retombées intéressantes pour l'ensemble des commerces, car l'étudiant peut utiliser son laissez-passer pour se rendre magasiner au centre-ville ou dans les centres d'achat de la périphérie.




QM

Une telle mesure pourrait-elle être appliquée ailleurs au Québec ?

JFR

J'ai eu des discussions avec des représentants des huit autres sociétés de transport du Québec. Plusieurs disent trouver notre idée intéressante. C'est à eux que revient la tâche d'évaluer la faisabilité d'un tel projet dans leur région en tenant compte, entre autres, du degré d'ouverture des dirigeants de leurs institutions d'enseignement.




QM

Que pensez-vous des sociétés de transport qui, contrairement à votre exemple, annoncent des hausses de tarifs ?

JFR

Je ne peux pas me prononcer là-dessus. De notre côté, nous essayons d'être proactifs parce que nous croyons à l'avenir du transport en commun. C'est pour cette raison que nous avons instauré, entre autres, une mesure qui permet aux gens d'utiliser gratuitement l'autobus quand il y a une tempête de plus de 40 centimètres. Nous voulons ainsi amener les personnes à délaisser leur voiture, ce qui facilite grandement le déneigement et contribue à rendre les routes plus sécuritaires.




 


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