![]() Photo de Paul Massé | La SQ : un cancer généralisé? Avec Paul Masse, maire de Waterloo Le mécontentement des municipalités envers les services de la Sûreté du Québec ne cesse de prendre de l’ampleur. Plus d’une trentaine de maires ont clamé leur insatisfaction, le 26 novembre dernier, lors d’une rencontre qui s’est tenue à Huntingdon. Ils ont unanimement dénoncé la piètre qualité du service policier offert et demandé à voir d’urgence le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagon. Québec MUNICIPAL s’est entretenu avec l’un des organisateurs cette rencontre, Paul Masse, maire de Waterloo. |
| Entrevue réalisée par Dany Rousseau, rédacteur de Québec MUNICIPAL |
| Québec MUNICIPAL | Comment s’est déroulée la rencontre du 26 novembre dernier? |
Paul Massé | Cela s’est très bien passé. Nous étions plus d’une trentaine de maires provenant de municipalités de partout au Québec. De plus, nous avons reçu des lettres d’appui de maires de plusieurs autres villes qui n’ont pu être présents. Cette rencontre a été l’occasion de constater que le mécontentement envers les services de la SQ s’étend maintenant à l’ensemble de la province. En fait, il s’agit d’un cancer qui est généralisé. |
| QM | Quelles sont les principales plaintes qui ont été formulées? |
| PM | Ces plaintes sont à l’effet que la SQ ne respecte pas les ententes qu’elle a conclues avec les municipalités lors de la prise en charge des territoires. |
| QM | Que voulez-vous dire exactement? |
| PM | Si je prends l’exemple de l’entente que nous avons à la MRC de la Haute-Yamaska, 24 policiers devraient être rattachés à la couverture du territoire. Cela comprend les policiers, les patrouilleurs, les enquêteurs et les officiers. J’ai consulté les rapports lors des comités de sécurité publique et je peux vous dire que rares sont les mois où il y en a plus de 18. |
| QM | Comment est-ce possible? |
| PM | Il y a différentes raisons. Par exemple, un officier doit travailler 20 journées au cours d’un mois donné. Mais, comme il agit comme représentant syndical, il est libéré régulièrement pour exercer cette fonction, ce qui fait qu’il ne travaille en tout que quatre journées. Il y a aussi ceux qui sont malades ou qui s’absentent pour des congés de paternité ou de maternité. C’est ainsi qu’à la fin du mois, au lieu d’avoir pu compter sur 24 policiers en fonction, on n’en a eu que 18. |
| QM | Ces policiers manquants ne sont-ils pas remplacés? |
| PM | Non. À la Ville, quand un employé se blesse, il est remplacé. Nous pouvons nous le permettre, car nous avons une assurance collective qui couvre le salaire de la personne absente. La SQ ne possède pas d’assurance collective, alors elle n’est pas en mesure de remplacer les policiers manquants. Le problème, c’est que les municipalités paient le même prix même si elles ne bénéficient pas du plein service. |
| QM | Le problème en est donc un de manque de présence policière? |
| PM | Tout à fait. Entre 19 heures le soir et 7 heures le matin, il n’y a généralement qu’une seule voiture de police pour patrouiller notre MRC dont le territoire est de 480 km2. Nous ne sommes pas les seuls dans cette situation. La nuit, dans la MRC du Haut-Saint-Laurent, il n’y a aussi qu’un seul véhicule pour couvrir 1200 km2. |
| QM | Comment réagissent vos concitoyens de Waterloo? |
| PM | Le téléphone n’arrête pas de sonner à l’hôtel de Ville. Les gens m’en parlent partout dans la rue. La situation qui prévaut actuellement occasionne un fort sentiment d’insécurité dans la population. |
QM | En entrevue, le capitaine de la SQ Richard Bissonnette a affirmé que les localités ne devaient pas s’attendre à recevoir le même service qu’à l’époque où elles étaient desservies par des corps policiers municipaux. Selon lui, cela tient au fait que la SQ doit desservir toute la MRC et non pas une municipalité seulement. Que pensez-vous de cet argument? |
PM | Dans la MRC de la Haute-Yamaska, six des sept municipalités ont toujours été desservies par la SQ. Il n’y a que Waterloo qui a déjà eu un service de police municipal, lequel a été aboli volontairement en 1997. La SQ a toujours couvert les MRC. Ce n’est pas nouveau. Mais, on dirait qu’il y a eu une réelle baisse de services depuis la réforme de la carte policière de 2001. |
QM | Comment expliquez-vous cette baisse de services? |
PM | L’activité criminelle est relativement faible dans les municipalités rurales. Les policiers qui y sont affectés s’occupent donc surtout des infractions au code de la route et ils interviennent quand ils reçoivent un téléphone à l’effet qu’un homme bat sa femme. Ces dernières années, la SQ a toutefois intégré des milieux plus urbanisés où il y a constamment de l’activité, entre autres, parce que les gens des petites municipalités autour affluent dans les bars et les restaurants. Cela crée une sorte de «fourmilière» et on dirait que la SQ n’a pas la structure pour faire face aux situations qui en découlent. |
QM | Quand vous formulez vos plaintes dans le cadre des comités de sécurité publique, avez-vous le sentiment d’être entendu? |
PM | Je dis souvent que la SQ a beaucoup d’allumettes. Elle est capable d’allumer des feux très souvent. Malheureusement, ce ne sont que des feux de paille. Quand nous nous plaignons, il arrive que des actions soient prises sur le champ. Puis, une semaine plus tard, tout redevient comme avant. Il faut continuellement maintenir la pression. |
QM | Vous demandez donc une rencontre avec le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon? |
PM | Nous voulons que cette rencontre ait lieu avant Noël. Il y a urgence, car les mécontentements risquent d’exploser un peu partout au Québec et nous pourrions nous retrouver aux prises avec des situations intenables. Notre objectif n’est pas de confronter le ministre ni de lui dire que la SQ n’est pas bonne. Nous voulons l’informer du fait que le problème est maintenant généralisé au Québec, pour ensuite lui proposer des pistes de solutions. |
QM | Quelles sont ces solutions? |
PM | Je peux vous donner les grandes lignes. Nous ne sommes absolument pas d’accord avec le système de facturation actuellement en vigueur, qui dépend de l’évaluation foncière des municipalités. |
QM | Ce système de facturation désavantage-t-il particulièrement votre ville? |
PM | Au contraire, je dirais même que nous sommes très chanceux. Comme la richesse foncière de la ville est relativement modeste à 150 millions $, nous ne payons que 350 000 $ pour avoir accès aux services de la SQ. C’est une aubaine! Je demande malgré tout une révision du système de facturation, tout en sachant qu’un nouveau calcul pourrait me désavantager. Pourquoi est-ce que j’agis ainsi? En tant que président du comité de sécurité publique, je dois aussi prendre en considération les problèmes de facturation de la ville voisine, qui paie pour sa part beaucoup trop cher pour ses services de police. |
QM | Pouvez-vous nous rappeler comment fonctionne la facturation? |
PM | Au moment de la prise en charge d’un territoire, le coût a été établi de sorte que telle ville doit payer, par exemple, 25 ou 30 cents du 100 $ d’évaluation. Si une municipalité est évaluée à 500 millions $, elle doit donc débourser 1,5 million $ à la SQ. Par la suite, la facture continue à grimper avec l’augmentation de la richesse foncière. Ainsi, plus une municipalité fait d’efforts pour se développer et plus elle doit payer cher pour ses services de police. Par exemple, un nouveau centre équestre de 3,5 millions $ vient d’être construit à Waterloo. Comme nous devons débourser 25 cents du 100 $ d’évaluation, cela veut donc dire qu’il faudra débourser 10 000 $ de plus par année. Pourtant, nous ne bénéficierons pas en retour d’une présence policière accrue. |
QM | Quelles sont les autres solutions que vous envisagez? |
PM | Je sais que la SQ aimerait bien pouvoir compter sur davantage de policiers auxiliaires. Ceux-ci peuvent être affectés à plus d’un poste de police, en remplacement des agents manquants. Actuellement, la convention collective de la SQ prévoit que le nombre maximal de policiers auxiliaires est de 414 pour l’ensemble de la province. Cela semble vraiment insuffisant. Ces auxiliaires pourraient aider la Sûreté à respecter ses engagements pris envers les municipalités en termes d’effectifs policiers. Nous demandons aussi à la SQ de faire respecter l’ensemble des règlements municipaux. Quand celle-ci prend en charge un territoire, elle s’engage normalement à appliquer les règlements municipaux en autant que ces derniers soient uniformisés parmi les localités desservies dans une MRC. Il faut généralement entre 12 et 16 mois aux municipalités pour réaliser un tel exercice. Par la suite, il arrive pourtant que les responsables de la SQ nous avisent qu’il y a plusieurs règlements dont ils n’ont pas l’intention de s’occuper. |
QM | Avez-vous des exemples précis? |
PM | C’est le cas, entre autres, de la question des chiens errants. Nous nous faisons dire par les dirigeants de la SQ qu’il n’est pas question qu’un de leurs policiers se mette à courir après un chien abandonné. C’est un règlement municipal! Nos policiers municipaux s’en chargeaient, eux! Si elles avaient su au départ que la SQ n’appliquerait pas tous les règlements municipaux, je suis certain que plusieurs municipalités n’auraient pas aboli leur service de police. |
QM | Êtes-vous optimiste de pouvoir faire entendre votre point de vue au ministre Chagnon? |
PM | Je crois que le ministre n’est pas plus fier que nous de la situation qui prévaut actuellement. Il entend parler de ce qui se passe. Pendant un certain temps, il a pu croire que les problèmes étaient spécifiques à certaines régions. Nous allons lui faire la preuve que le mécontentement est généralisé. De cette façon, il n’aura pas le choix de mettre en œuvre des mesures pour changer les choses. |